Redévelopper l’autonomie, principale solution d’avenir pour les éleveurs laitiers wallons !

Les résultats de notre sondage le confirment : développer l’autonomie des fermes laitières figure parmi les pistes phares des répondants. L’autonomie s’envisage principalement dans la production [piste 7], mais aussi dans la transformation [piste 5] et dans la vente des produits [piste 3.2].

Sondage

Le sondage a réuni les avis de 162 répondants dont 112 citoyens consommateurs, 36 éleveurs laitiers et 14 autres agriculteurs ou personnes travaillant dans l’encadrement. L’autonomie est la piste préconisée par tous. Légende des scores : 2 = piste prioritaire, 1 = importante, 0 = sans intérêt, -1 = mauvaise, -2 = à éviter à tout prix.

 

Comment l’élevage a-t-il perdu son autonomie ?

Les pratiques agricoles ont été influencées, ces dernières dizaines d’années, par la politique européenne à travers les subsides octroyés aux agriculteurs et stimulant la production, par l’industrie et la grande distribution à travers la prise en main de la valorisation du lait et la nature de leur demande en matière première (standardisation), par le développement du commerce mondial (exportation de produits, importations d’intrants tels que le soja) et par l’encadrement et la formation qui ont proposé des solutions pour répondre aux nouveaux enjeux politiques et économiques (exemple : promotion du maïs et du soja, de produits phytosanitaires, d’engrais, etc.).

Pendant la première partie du 20ième siècle, l’agriculture occidentale est dominée par un système de type « polyculture – élevage », très diversifié car tourné vers l’autoconsommation et l’auto approvisionnement, utilisant beaucoup de main d’œuvre et la traction animale. Les troupeaux, de très petite taille, pâturent pendant la bonne saison et mangent du foin en hiver, complété par des légumineuses et des betteraves fourragères. La fertilisation est assurée par les fumiers.

A la sortie de la seconde guerre mondiale commence la « Révolution Fourragère ». La motorisation se développe, permettant de nouvelles techniques telles que l’ensilage d’herbe. Si elle permet de valoriser l’herbe à un stade humide, cette technique demande un investissement important en matériel, une maîtrise technique de la fermentation et la modification des bâtiments d’élevage vers une alimentation en libre-service des bêtes. Parallèlement, les engrais et pesticides chimiques de synthèse sont développés et promotionnés par les industries.

Fin des années 60, les ensilages de maïs se développent. Ils deviennent l’aliment grossier dominant pour l’alimentation hivernale mais nécessitent un complément azoté. Apparaît alors la solution du tourteau de soja dont l’importation est rendue possible grâce au développement des transports. La ration en foin est réduite, et l’ensilage d’herbe ne sert plus qu’à apporter un complément au pâturage. Le système « maïs – soja » nait dans les campagnes et se développe, soutenu par la recherche et l’encadrement et par effet de mode, jusque dans les années 80.

Devant les inconvénients du système « mais-soja » nécessitant de nombreux intrants (aliments azotés, pesticides…), des éleveurs ont commencé, dans les années 80 et 90, un retour vers l’herbe et le développement de prairies temporaires avec de nouvelles variétés de graminées et de légumineuses en alternance avec des cultures (principe du « ley farming »). Les pâturages à base de ray-grass anglais et trèfle blanc ont été développés. Aujourd’hui, les systèmes « mais-soja », herbager et mixtes coexistent en fonction des potentialités des régions et de la philosophie des éleveurs.

Au fil du temps, les élevages se sont spécialisés (développement de races laitières au détriment des races mixtes), avec l’aide de la sélection génétique de variétés fourragères rentabilisant les intrants (fertilisation chimique, pesticides) et de races laitières valorisant une alimentation enrichie et produisant un maximum de lait. Ils ont augmenté leur dépendance envers les intrants (alimentation, engrais, phyto, insémination…) et de manière générale, envers la filière (dépendance envers la laiterie, pas de maîtrise du prix du lait…). Tant que la politique agricole garantissait une marge entre le prix de vente et le coût de production du lait, les producteurs ont opté pour l’augmentation des rendements laitiers en vue d’augmenter leur revenu.

C’est aujourd’hui, alors que le système amorce un changement profond, que l’on se rend compte des travers de l’évolution récente de l’élevage laitier. Les fermes s’étaient adaptées au modèle productiviste : stimulées par les aides financières, la recherche et l’encadrement, elles ont perdu la maîtrise de l’ensemble de leurs activités. Suite au changement de politique européenne, les fermes doivent amorcer un virage à 180 degrés. L’ouverture des marchés met en concurrence les producteurs de lait de chaque région du monde. L’Europe ne souhaite plus soutenir « à tout prix » la production de lait, ni compenser les différences de prix de vente du lait européen ou hors-Europe. Elle réduit ses plafonds d’intervention, obligeant une meilleure rentabilité des fermes. Une reprise en mains de leur ferme est nécessaire pour l’avenir des éleveurs laitiers wallons !

Optimiser la rentabilité, la qualité et non la quantité de lait !

Face à la crise actuelle, de nombreux éleveurs ont tendance à augmenter la taille de leur troupeau, à travailler sur la génétique de leur élevage pour des souches plus productives encore (mais nécessitant encore plus de soins), et à fournir des aliments encore plus riches pour booster la production laitière. Un objectif : produire davantage de lait pour augmenter les rentrées financières… quand rentrées, il y a ! Cependant, cette stratégie n’est gagnante que lorsque le prix de vente dépasse le coût de production du lait. En situation inverse, la ferme essuiera des pertes gigantesques tandis que le poids des investissements nécessite des rentrées importantes. En d’autres mots, il s’agit d’un système instable, adapté aux anciennes politiques de soutien des prix mais pas à la libéralisation des marchés.

Une autre stratégie consiste à réduire les coûts de production de manière à arriver le moins souvent possible à un déficit entre le prix de vente du lait et les coûts de production. Quitte à produire moins… mais qu’importe, lorsque la surproduction de lait se généralise et plombe les prix ? Si les intrants permettent une augmentation de la production laitière, ils ont également un coût. La stratégie idéale consiste à maximiser la part de lait produite le plus économiquement possible, c’est à dire en valorisant l’herbe au pâturage à la bonne saison et en foins et ensilages l’hiver. Pour produire davantage de lait, des concentrés peuvent être apportés en prenant soin de calculer le rapport entre l’augmentation de lait obtenue et le coût du concentré, dépendant de son origine (autoproduction ou achat).

Cruches

La stratégie de l’autonomie « extensif à l’herbe » consiste à valoriser au maximum l’herbe avec une taille de troupeau adaptée aux terres disponibles. Un apport de concentrés sous forme de céréales généralement autoproduites stimule la production laitière mais la plus grande partie du lait est produite grâce à l’herbe du pâturage. La stratégie « intensif » maïs-soja permet d’augmenter la taille du troupeau, donc de produire davantage de lait mais à un coût plus important tant directs qu’indirects (impacts sur l’environnement). Le bilan montre que le système en autonomie produit moins, mais est plus rentable du fait des faibles charges, et produit, de plus, du lait de qualité supérieure avec un impact réduit voire bénéfique pour l’environnement !

L’autonomie, une stratégie gagnante sur tous les fronts

Le premier enjeu est d’ordre économique. En moyenne en Région wallonne, les dépenses d’une ferme laitière vont premièrement aux aliments achetés (29 %), puis au foncier (20 %), au matériel (16 %), aux travaux réalisés par des tiers (9 %), à l’énergie (6 %), aux engrais (5 %), au vétérinaire (4 %), aux semences et plants (2 %), aux phytos (2 %) et divers autres postes. L’alimentation des vaches laitières constitue donc, de loin, la dépense extérieure la plus élevée dans les fermes classiques, ce qui permet l’obtention de rendements laitiers de l’ordre de 7.000 litres de lait par lactation en moyenne en Wallonie. Ce chiffre monte à 9.000 litres si l’on ne compte que les vaches Pie noire dont fait partie la Holstein, qui atteint des records en termes de litres de lait par lactation (habituellement plus de 10.000 litres) mais qui nécessite une alimentation adaptée, particulièrement riche et coûteuse, souvent importée. Les vaches Holstein, poussées à leur maximum, s’épuisent généralement après à peine quelques lactations. Sachant qu’il faut 2 ans pour qu’un veau donne du lait, le nombre de lactations par vache avant sa réforme est un paramètre économique important, souvent ignoré !

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A la ferme de Moranfayt, la doyenne des vaches laitières, âgée de quatorze ans, s’apprête à vêler. Produisant à leur rythme, les vaches y vivent plus longtemps, ce qui est plus rentable !

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Dany Dubois a opté pour des vaches Jersey, de petit gabarit, équivalent à 0,7 UGB. Elles produisent un lait concentré en protéines et matières grasses, donnant un rendement supérieur pour la transformation ! Nathalie réalise de délicieuses crèmes glacées grâce au lait produit essentiellement à l’herbe, avec un petit complément de céréales produites sur la ferme.

 

Rechercher l’autonomie dans la production laitière, c’est aussi une réappropriation de la qualité des intrants, conditionnant évidemment la santé des plantes, du bétail et la qualité du produit fini. En effet, comme le souligne Remi Hardy, éleveur signataire de la charte Nature & Progrès à Plombières : « Les nombreux cas de pollution des tourteaux et autres aliments industriels par de la dioxine, des hormones… démontrent que les agro-industries fournissant les aliments se préoccupent davantage de leurs chiffres que de la qualité du lait. Il faut en sortir », dit-il. Lui comme les autres éleveurs que nous avons visités l’ont fait. L’alimentation des vaches laitières biologiques repose sur l’herbe. Quoi de plus naturel ? La vache récolte elle-même l’herbe en sélectionnant les plantes répondant à ses besoins. Plantain apaisant, pissenlit lactogène… Une prairie, c’est un véritable mélange médicinal. Mais un aliment riche, aussi ! En bio, pas question de pousser les vaches à produire le plus de lait possible. On veut un lait de qualité, riche, particulièrement adapté à la transformation. Demandez donc à nos fromagers artisanaux ce qu’ils pensent du lait au maïs-soja !

DSC_0052Du lait à l’herbe, quoi de plus naturel dans notre verte Wallonie ? Les vaches laitières de Remi Hardy à la Ferme de Neubempt, près de Plombières, profitent d’un grand pré verger.

 

La maîtrise de la filière est également un enjeu économique important et une fierté pour les éleveurs. En effet, la plus-value sur les produits alimentaires se situe essentiellement au niveau de la transformation et de la vente. L’éleveur ayant délégué ces activités aux laiteries, aux industries et à la grande distribution ne parvient plus à valoriser au juste prix son lait : il n’a plus de maîtrise sur le prix de vente de sa matière première et n’a plus accès aux marges qui restent dans les mains des maillons aval de la filière. Nos éleveurs en circuits courts témoignent également de leur fierté de présenter leurs fromages, yaourts, glaces… aux consommateurs, valorisant leur travail et la qualité de leur lait !

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A la ferme de Stée, Marie-Claire est redevenue maître de son lait. Elle est passée d’un élevage intensif hors-sol d’une centaine de Holstein, traites trois fois par jour, à une quarantaine de vaches croisées en monotraite et d’autres diversifications (porcs, volailles, caprins, ovins…). 100 % du lait est transformé à la ferme en beurre, maquée, yaourts, fromages et crèmes glacées que la famille Wylock est fière de présenter au consommateur dans le magasin à la ferme et via des canaux de distribution courts !

 

Enfin, des fermes autonomes répondent le mieux aux desiderata de consommateurs pour des produits sains et locaux, et sont plus respectueuses de l’environnement. Que demander de mieux ?

 


Rejoignez-nous au salon Valériane !

Vendredi 2 septembre, entre 13h et 15h, nous organisons une table-ronde au salon Valériane.

Crise du lait : éleveurs et citoyens proposent des solutions pour l’avenir !

Il s’agira de discuter des différentes pistes pour l’avenir du secteur laitier, y compris et principalement la piste de l’autonomie. Le Ministre wallon de l’agriculture sera présent ainsi que des représentants des associations professionnelles agricoles, de l’encadrement, et des citoyens !


 

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