Des solutions pour le lait wallon : syndicats, spécialistes et politiques se sont exprimés au salon Valériane

 

Vendredi 2 septembre, au salon Valériane Namur, une table-ronde était organisée par Nature & Progrès dans le cadre du projet « Echangeons sur notre agriculture » afin de discuter de solutions à la crise de l’élevage laitier en Wallonie. Après un exposé de pistes recueillies lors de rencontres entre citoyens et éleveurs, différents représentants des syndicats, experts et politiques se sont proposés sur les pistes à promouvoir en Wallonie. En voici le compte-rendu intégral.


Exposé de Sylvie La Spina

Lien vers le PDF de la présentation

Sylvie La Spina a présenté le projet « Echangeons sur notre agriculture » dans le cadre duquel ont lieu des consultations citoyennes sur l’agriculture. Le sujet principal développé en 2016 est la crise du secteur laitier. Citoyens et éleveurs se sont réunis lors d’une quinzaine de rencontres en Wallonie afin de réfléchir à des pistes de solutions pour permettre un élevage laitier rentable dans notre région.

Après avoir exposé la méthodologie de la consultation, Sylvie La Spina a présenté les 12 pistes émises ainsi qu’une évaluation basée sur un sondage auquel plus de 160 répondants ont participé. Certaines pistes de solutions sont jugées prioritaires par la grande majorité des répondants, tel que le développement de l’autonomie des élevages, notamment en ce qui concerne l’alimentation du troupeau. Pour d’autres pistes, les avis sont divergents.

Sylvie La Spina a ensuite présenté la piste de l’autonomie en production, transformation et vente, qui a été approfondie lors de visites de fermes et de fromageries coopératives en juin 2016. L’exposé était basé sur des exemples concrets de cas très diversifiés de fermes ayant parfois totalement modifié leur élevage, ou de fermes transformant partie ou totalité de leur production laitière.

Suite à l’exposé, la parole a été donnée à différents intervenants afin de recueillir leur réaction sur les pistes envisagées.


Table-ronde animée par Martine Cornil

Afin de reprendre les avis des participants de manière précise, nous avons retranscrit les échanges sur base de l’enregistrement vocal de la table-ronde.

 

Alain Masure, Fédération wallonne de l’agriculture (FWA)

« Je vais dire, dans un premier temps, que  parmi l’ensemble des points qui ont été relevés, je crois qu’ils sont tous intéressants. Ils sont tous important à différents niveaux, et cela reflète bien, et le point de vue des producteurs, et le point de vue, sans doute, du citoyen moyen qui a eu l’occasion de s’exprimer. Donc ça, c’est un premier élément.

Je pense qu’en ce qui concerne la problématique des crises que l’on connait hélas à répétition, il n’y a pas une solution simple. Il y a, sans doute, plusieurs solutions qui doivent se combiner, et donc c’est évidemment à cela qu’on doit essayer de travailler. Non seulement chez nous, mais au niveau européen puisque jusqu’à nouvel ordre, on est confronté à une politique européenne et à des décisions qui relèvent encore pour la plupart de l’Europe.

Alors, il y a la problématique de la surproduction que l’on a évoquée à différents points. Il faut essayer de réguler davantage cette production. Il faut essayer, sans doute, de la rendre plus en phase avec la demande parce que c’est important d’avoir quelque chose qui soit équilibré de ce côté-là. Il est clair que l’évolution de la politique de la production laitière des quotas en l’occurrence, et l’abandon des quotas a clairement compliqué les choses depuis non seulement la fin des quotas mais depuis deux ans, depuis même trois, quatre ans on a constaté que la production n’a cessé d’augmenter parce que l’Europe a mis les conditions pour le faire donc c’était hélas prévisible si on ne changeait rien à ce niveau-là. Donc il faut certainement trouver un système de régulation de l’offre.

En parallèle, je vais dire qu’il y a un deuxième gros problème, on n’en parle pas nécessairement dans les résultats du sondage. Selon nous, en tout cas à la Fédération wallonne de l’agriculture, auquel il faut essayer de répondre et là aussi, c’est compliqué parce qu’il faut trouver des majorités au niveau européen, c’est de modifier un certain nombre de règles de la politique économique de l’Europe. On ne parle pas ici de la politique agricole commune, de la PAC, mais bien de la politique commerciale qui est liée tout simplement au fait que l’Europe est de plus en plus plongée dans la politique internationale, dans l’OMC (dans l’Organisation Mondiale du Commerce). On avait dans l’ancienne PAC, un certain nombre de règles qui protégeaient quelque part le prix et les revenus des agriculteurs. On avait les subsides à l’exportation, disons que ça, on peut laisser de côté, on avait surtout de la protection par rapport aux importations au niveau des prix et on avait le système d’intervention, qui était un système finalement qui garantissait la mise sous réserve d’excédents, et qui permettait de tamponner un peu  les variations de prix. Tout ça a disparu complètement depuis quelques années, depuis une décennie, progressivement, parce qu’il y a les règles de l’OMC. Donc, il y a, à côté de la régulation des volumes, qui est importante – et on essaie maintenant de mettre en place d’ailleurs un système sur base volontaire que l’Europe vient de décider, qui n’est certainement pas suffisant par rapport à la problématique m’enfin bon, il est ce qu’il est – mais à côté de cette problématique de la régulation des volumes, il y a la problématique de la politique internationale, et de la manière dont l’Europe veut se comporter par rapport aux marchés internationaux.

A côté de ça, dans les autres points, je ne vais pas tous les citer mais je pense qu’il est important, certainement, dans des situations qu’on connait aujourd’hui mais peut-être même à plus long terme, qu’un certain nombre de producteurs – et il y en a déjà, on en a cité quelques-uns tout à l’heure –qui vont vers davantage de diversification, vers davantage de valorisation directe auprès des consommateurs ou indirecte en travaillant avec des petits transformateurs. C’est un élément important, il faut travailler là‑dessus mais il faut bien se rendre compte que ça ne peut pas concerner tout le monde, que ça ne va pas apporter une solution à tout le monde, à la majorité des producteurs donc je pense qu’à côté de cette solution qui est importante et qui va encore probablement se développer, on ne va pas régler le problème uniquement par le biais de ce système-là, de la vente locale, du circuit court ou très court mais c’est important quand même de le prévoir et de le développer.

Par rapport à l’autonomie de production, je pense qu’il y a un élément important là‑dedans, il faut essayer d’utiliser à bon escient certains éléments de la nouvelle PAC. Alors, dans la nouvelle PAC, il y a ce qu’on appelle le verdissement, je ne vais pas rentrer dans les détails. Le verdissement pourrait notamment, donner lieu à des évolutions qu’on doit encore discuter, à permettre aux exploitants laitiers, aux exploitants agricoles, qui élèvent du bétail en général, de se tourner, d’obtenir davantage d’autonomie fourragère et on pourrait combiner à la fois le respect de nouvelles règles qui sont liées à davantage d’environnement, qui est donc l’objectif du verdissement et l’augmentation de l’autonomie protéine notamment. On pourrait très bien développer chez nous davantage de cultures protéines qui vont progressivement remplacer finalement les importations de soja, parce que c’est clair que c’est essentiellement de ce côté‑là, avec les protéines végétales qui sont obtenues actuellement, elles interviennent de façon importantes dans l’aération et je pense que de façon générale, dans l’équilibre que Sylvie a cité au départ, l’équilibre entre le coût de production et les revenus de l’exploitation, le fait d’augmenter cette autonomie fourragère est un élément parmi d’autres, un élément important. Je vais en rester là, je crois qu’on aura l’occasion de revenir sur certains points mais je pense que voilà déjà quelques éléments importants par rapport à ce qui a été dit.

Stéphane Delogne, FUGEA 

« J’ai regardé avec plaisir les pistes de solution proposées. La première qui s’est dégagée c’est l’autonomie fourragère, l’autonomie des exploitations. Il faut savoir qu’à la FUGEA, c’est un cheval de bataille depuis plus de dix ans. Donc ça fait plus de dix ans qu’on essaie de répéter à nos producteurs qu’on les accompagne vers plus d’autonomie fourragère, la preuve c’est que le 14 septembre, on a un salon de l’autonomie fourragère dans le Hainaut. Donc c’est vraiment une piste qui est prioritaire pour nous et depuis très longtemps. Ce qu’il faut savoir avec l’autonomie fourragère, c’est que globalement, pour faire très schématiquement, ça impose de passer par une production herbagère, ça impose la production de légumineuses, de céréales sur la ferme, etc. Ce qui veut dire que in fine, on  arrive quand‑même à des productions d’une telle qualité qu’elles méritent chacune un passage sous label. Ça peut être du bio, ça peut être du lait à l’herbe, ça peut être ce genre de choses. Donc évidemment, ça rejoint le point promotion, augmentation de la consommation interne à la Wallonie ou en tout cas interne à la Belgique. Ça veut dire que si un accent promotionnel doit être mis, c’est vers ce genre de filière de haute qualité qui peuvent à la fois imbriquer l’autonomie et la valorisation de cette autonomie. Parce que si on produit demain, un lait à l’herbe, un lait qui a l’air de hauts standards environnementaux, qui émet peu de CO2, etc., il importe de pouvoir valoriser cette qualité et le travail de l’agriculteur ».

Martine Cornil : « Est-ce que ça implique aussi que ce lait sera vendu plus cher aux consommateurs ? »

Stéphane Delogne, FUGEA : « En tout cas,  aujourd’hui, la politique a fait que l’énergie est peu chère, que les transports par bateau, par avion etc. sont très peu taxés, ce qui veut dire qu’on a un tas de matières premières qui arrivent et qui, politiquement en tout cas, décident d’arriver peu chères sur le marché. Si on n’encourage pas, à nouveau, politiquement, ce type de filière, on est certains qu’elles seront plus chères. Mais à nouveau, ici on parle de choix politiques et pas d’une logique immuable.

Les circuits courts, la vente directe, les coopératives, etc., nous, on a un paquet de producteurs qui travaillent en circuit court, il ne faut pas minorer les difficultés aujourd’hui de travailler en circuit court et penser que les agriculteurs qui ont des difficultés sont des gens qui devraient simplement passer en circuit court. D’un point de vue logistique, d’un point de vue « accès aux marchés », d’un point de vue promotionnel, marketing, etc., le circuit court est un vrai métier et souvent on a du mal à voir une adéquation parfaite entre la production locale et la demande locale. Si bien qu’on a des producteurs luxembourgeois qui livrent à Bruxelles et des producteurs du Brabant qui livrent au Luxembourg. C’est évidemment la liberté de marché, la liberté d’atteinte des consommateurs mais c’est très difficile d’avoir vraiment, au moment où on produit, la personne qui a envie d’avoir la matière qu’on a produite. Donc ce n’est pas la panacée universelle.

Sortir l’alimentation du libre‑échange, c’est clair, c’est une piste de travail perpétuelle et il faut toujours avoir ça dans le rétroviseur.

À nouveau, sur la maîtrise de la transformation à la ferme, en coopératives, etc., c’est vrai que le Ministre Collin a développé les hall‑relais, donc il y a des bonnes choses qui se font en Wallonie et qui vont dans ce sens-là. Tout n’est pas bouleversable du jour au lendemain.

L’accès à la terre, c’est à nouveau une piste de travail très forte. C’est-à-dire qu’on se rend compte aujourd’hui que la taxation des aides PAC proprement dites qui n’a pas de progressivité encourage les gros agriculteurs à devenir encore plus gros puisque de toute façon, ils sont dans un plafond d’imposition. Et donc c’est vrai qu’on préférerait avoir une imposition moindre, j’ai envie de dire jusqu’à 30 hectares, et puis, qui puisse à chaque fois progresser par pallier pour dépasser les 12 et demi et 16 et demi sur le premier pallier, et justement avoir un plafonnement dans les aides. Quand on parle, enfin, du maintien d’un réseau, de petites fermes, d’un maintien de réseau de fermes familiales, si on n’a pas de plafonnement, on n’y arrivera jamais parce que de toute façon, dans toutes compétitions, le gros finit toujours par bouffer le petit. Il n’y a pas d’autre règle que la loi du plus fort. Et aujourd’hui, c’est le mal dont on souffre finalement, c’est cette loi du plus fort, ce fait qu’on a ouvert complètement nos marchés et que le plus fort peut venir demain dire « j’impose mon prix plus bas que le tien quoi qu’il en soit et je tue ta filière », on doit empêcher absolument ça.

Dernier point, sur la mutualisation des moyens de production, excellente chose, je vais aller encore plus vite, il faudra dépasser le côté belgo-belge qui parfois veut travailler indépendamment mais je suis sûr qu’on va y arriver, favoriser la consommation wallonne, je vous l’ai dit, simplement si on a des label, de la qualité, si on avance sur un vrai service social et environnemental. Réguler la production de lait, j’avoue, on doit venir à une régulation obligatoire aujourd’hui en Europe, les moyens qui sont mis pour retirer moins d’un pour cent du marché, on est en train de mettre de l’argent sur la table pour retirer moins d’un pour cent de la production totale européenne, on ne va pas bouger sur le prix du lait mais on va dépenser un paquet d’argent public. Il faut de plus en plus se demander « où va notre argent public et quels services doit rendre notre agriculture ? ». Et c’est seulement à partir de ce moment‑là qu’on pourra avoir une ligne de conduite. Aujourd’hui, elle n’existe pas encore ».

Christian Pauly du MIG

« Au MIG, le cheval de bataille, lorsqu’on a parlé de boycotter les quotas, c’était quand-même d’instaurer un système de régulation de la production de lait que l’on a proposé au niveau européen, au niveau de l’EMB (European Milk Board). Ça a été proposé en Commission européenne, ça a été refusé. C’est un système de régulation qui n’engendre aucun coût pour le citoyen et qui engendrerait une autonomie, les producteurs seraient autonome et c’est un système que je ne vais pas développer ici parce que c’est trop compliqué mais c’est un système qui pourrait très bien tenir la route sans prélèvement d’argent au niveau des citoyens ou au niveau de l’extérieur de l’agriculture laitière. Contrairement à maintenant où l’intervention, pour le moment, les stockages de poudre de lait et de beurre, ce sont tous les citoyens qui payent. À ce niveau-là, le MIG est absolument contre. Le citoyen paie son lait, paie son fromage, il est hors de question que le citoyen paie encore une surproduction ».

Martine Cornil : « Et s’il le paie au juste prix, son lait et son fromage ? »

« Là, c’est à vérifier mais justement, il le paierait au juste prix s’il y avait une régulation et si l’offre ne dépassait pas la demande. À ce moment-là, le prix serait régulé et les producteurs auraient leur rémunération correcte. C’est pas plus compliqué que ça.
Il y a une proposition qui a été faite déjà il y a au moins quatre ans, donc avant l’abolition des quotas. Pour le moment, elle est sur la table et l’Europe n’en veut pas. Ça, c’est une chose.

Au niveau de la diversification, oui, mais notre position c’est qu’en fait, c’est très limité premièrement, ce sont parfois des marchés de niche et puis il ne faut quand-même pas oublier que pour le moment, la majorité des fermes qui se lancent dans la diversification, c’est de la main-d’œuvre supplémentaire et ils n’ont pas les moyens de payer cette main-d’œuvre-là. Au niveau artisanal, faire du fromage et tout ça, ça a un coût or les coûts de la main-d’œuvre en Belgique sont trop élevés que pour arriver à une rentabilité suffisante.

L’autonomie fourragère, ça par contre, nous sommes tout à fait pour. Ce n’est pas notre cheval de bataille parce qu’on ne défend pas ça mais l’autonomie fourragère est quand-même l’un des principaux moyens de baisser les coûts de production et par rapport au TTIP, par rapport aux exportations, aux importations de tous les produits, c’est une façon de contrer et dans le même sens, de limiter la production. Donc on diminue les coûts et on limite la production automatiquement. Vous n’avez pas les rendements avec une production d’herbe qu’avec une production de maïs-soja mais les coûts seront nettement inférieurs. D’une pierre, deux coups. Je crois que les producteurs ne sont pas assez informés des nouvelles technologies à propos de tout ce qui est production végétale. Les mélanges trèfles, etc.

Au niveau de la mutualisation des moyens de production, je crois que c’est faisable mais dans une certaine limite parce que le climat de la Belgique, tout le monde le connait. Cette année-ci, tous les gens qui ont réussi leur fourrage sont des gens qui possédaient leurs machines. Ceux qui ont des machines en commun, la machine ne sait pas tourner sur tous les champs en même temps. Or, une année comme celle-ci, le créneau c’était un jour.

Voilà, je crois que j’ai couvert un peu toutes les questions ».

 

Stéphanie Delhaye, Mouvement d’Action Paysanne (MAP)

« Au Mouvement d’Action Paysanne, nous sommes une association, un syndicat de paysans, mais on a aussi entre ça, les citoyens et les associations qui nous soutiennent. On travaille tous ensemble pour unir surtout les producteurs ruraux et agricoles et la société civile et académique pour mettre en pratique les principes de l’agriculture paysanne dans un but de développement solidaire et durable.

Au niveau de l’agriculture paysanne, toute une série de pistes qu’on porte et qu’on défend, ont été rencontrées aujourd’hui dans les pistes qui ont été identifiées lors des présentations et des consultations citoyennes. Pour beaucoup, on renforce et on approuve les pistes qui ont été mises en avant dans le cadre de cette table ronde.

Pour nous,  notre priorité, que ce soit dans le secteur laitier mais en agriculture en général, c’est de maintenir et d’installer le plus possible de fermes et de paysans nombreux et donc d’avoir un maillage rural dense. Toutes les solutions qui permettent d’avoir des fermes nombreuses partout sur le territoire sont vraiment à privilégier.

Je réfléchis sur trois axes. On a l’axe qui est plutôt politique et décisionnel et là, on pense comme les autres associations agricoles, qu’il y a vraiment quelque chose à faire au niveau de la régulation de la production, que c’est d’urgence qu’il faut prévoir des mécanismes de régulation obligatoire. Tout d’abord pour enrayer l’hémorragie et qu’on maintienne un certain nombre de ferme, mais cette régulation doit être obligatoire, concertée au niveau européen et elle doit donner un signal en même temps sur le modèle de production qu’on veut voir être mis en place. Effectivement, ici, on est face à un problème de surproduction et donc on ne le règlera pas sans mettre en place une régulation mais cette régulation doit être pensée à long terme. On doit mettre ensuite en place des systèmes dynamiques qui vont pouvoir permettre de gérer les fluctuations de production et mettre en place des systèmes qui vont se réguler et qui vont permettre de maintenir dans l’avenir des fermes et des prix corrects. Ça, c’est au niveau des producteurs, il y a vraiment  la régulation.

Le renforcement de leur représentation et du pouvoir de décision aussi des producteurs, y compris, – c’est quelque chose qui nous touche particulièrement au sein du mouvement d’actions paysannes – les minorités. Et aussi, sortir l’alimentation, bien sûr, des marchés mondiaux et de l’organisation mondiale du commerce.

Au niveau de l’axe des producteurs, évidemment, toutes les pistes qui concernent l’autonomie sont des pistes qu’on soutient au niveau de nos ateliers, de nos échanges, de nos formations, de nos séances d’information depuis bien longtemps. Ce sont tous les outils qui vont permettre, que ce soit au niveau de la production mais aussi au niveau de l’organisation, au niveau décisionnel, au niveau économique, de garder une maîtrise de sa transformation, de sa production, de son outil, de sa ferme. Et donc, tout ce qui est autonomie au niveau de la production, bien sûr, est une piste intéressante.
Au niveau de la transformation aussi, que ce soit à la ferme, ou dans des coopératives qui permettent de mutualiser ces outils de transformation, et au niveau de la vente et des circuits courts, pour nous ce sont des pistes qui nous semblent vraiment indispensables et à mettre en avant.

Au niveau des pistes, on avait parlé des primes et des aides publiques. Pour nous, comme on l’a déjà dit, on n’est pas du tout pour les primes et les aides publiques. Evidemment, pour l’instant, on en a besoin, on ne sait pas faire sans. Mais comme tous les producteurs vivant de primes, ça nous fait mal. On voudrait vivre de notre production d’abord. S’il y a un financement public, évidemment, on trouve qu’il doit vraiment être axé sur l’accompagnement, la recherche et l’encadrement justement pour mettre en place des systèmes de production durables et résilients.

Il y a un dernier axe pour nous qui est très important et qu’on a toujours favorisé, c’est le contact avec le citoyen, le contact avec les consommateurs. Évidemment, on peut toujours renforcer avec eux la consommation de produits locaux et de qualité, favoriser les circuits courts et le contact avec le producteur et donc favoriser un modèle de production où les labels vont permettre aussi aux consommateurs de s’y retrouver, et de favoriser les produits qui sont issus de l’agriculture wallonne, et de modèles durables comme le « lait à l’herbe » ou le lait bio, etc ».

Catherine Bauraind, Socopro 

« D’abord j’aimerais un peu expliquer ce qu’est la Socopro parce que je pense que ce n’est pas connu. C’est le service opérationnel du collège des producteurs. Qu’est-ce que c’est que le collège des producteurs ? C’est une association de faits qui a été créée il y a un peu plus de deux ans où 40 agriculteurs agricoles sont membres et ils représentent leurs secteurs. Par exemple, pour le secteur bovin laitier, il y a quatre représentants. Et à côté de ça, il y a aussi 20 représentants qui représentent des associations du reste de la filière, dont les syndicats agricoles mais aussi la transformation, la distribution et les consommateurs. Au niveau du collège des producteurs, on organise régulièrement des assemblées sectorielles où les producteurs peuvent s’exprimer. On a trois grandes missions : faire valoir l’avis des producteurs, notamment au niveau de la promotion et de la recherche, et de l’encadrement, appuyer le développement d’initiatives économiques, donc niveau filière mais toujours dans le but d’augmenter le revenu des producteurs et aussi d’être un point relais d’information sur le métier d’agriculteur et sur la filière. Au niveau du collège des producteurs, vraiment tous les agriculteurs sont invités à participer.

Au niveau des pistes, effectivement, toutes les pistes pour nous sont intéressantes. Maintenant, et je pense comme Sylvie et peut-être que plusieurs l’ont dit, la solution ne va pas venir d’une seule piste. Il y a une série de solutions sur lesquelles, nous, au niveau du collège des producteurs, on peut travailler. Pour celles qui sont d’ordre politique ou décisionnel qui résultent de la politique européenne, on ne va pas travailler.

Au niveau du collège, les pistes qu’on privilégie, ce sont celles qui arrivent en premier, donc tout ce qui concerne l’autonomie de production, c’est un levier vraiment très important. On avait vu qu’au niveau des coûts de production, on peut observer une différence d’environ huit centimes entre les coûts de production les plus faibles et les plus élevés donc ça laisse vraiment une certaine marge de manœuvre. En 2015, on a fait tout un travail avec les agriculteurs sur les pistes à privilégier au niveau de la recherche et de l’encadrement et donc l’autonomie alimentaire est vraiment sortie dans les pistes les plus importantes après tout ce qui concerne les aspects économiques de rentabilité. C’était donc une piste vraiment importante. Au niveau du collège des producteurs, on a comme mission de remettre des avis. Ce sont ces avis qui mettent en avant l’importance de la recherche d’autonomie alimentaire qui ont été remis aux différents organismes de recherche. A côté de ça, il y a également tout un travail de réflexion au niveau de la diffusion parce qu’on s’est rendu compte, je pense que c’est Christian Pauly qui a en a parlé, qu’il y a aussi un gros problème de diffusion des informations et des innovations techniques. Tout ça est en cours de réflexion.

Une deuxième piste sur laquelle on nous a demandé de travailler, c’est la consommation de lait. À ce niveau‑là, Sylvie aussi en a parlé, la consommation de lait diminue très régulièrement, donc c’est un double problème, une double conséquence négative effectivement pour les producteurs mais également au niveau de la santé humaine. A la demande des producteurs, on a créé ce qu’on a appelé la Cellule d’information du lait, dont le but est d’informer les consommateurs de manière fiable sur l’élevage laitier mais également sur les aspects nutritionnels du lait. Pour fournir cette information fiable et crédible, on a constitué tout un réseau scientifique : spécialistes de l’élevage laitier, nutritionnistes, diététiciens, médecins. Ce sont les diététiciens qui ont été les plus enthousiastes parce que pour eux, la diminution de la consommation de lait est un réel problème de santé notamment au niveau des enfants. Ce sont des arguments sur lesquels on peut s’appuyer. Concrètement, il y a un site internet qui a été lancé il y a 5 mois où se trouvent déjà des dossiers sur l’élevage et sur le côté nutritionnel du lait.

On a commencé récemment à travailler sur le lait à plus-value, qui fait également l’objet d’une demande importante. On a créé il y a deux mois une Commission filière lait qui, au travers d’une concertation de tous les maillons de la filière, souhaite développer des initiatives économiques pour du lait présentant une certaine plus-value. Il y a deux axes de travail, d’une part celui ayant trait au prix juste du lait et visant à étendre les initiatives existantes, et d’autre part, créer de nouvelles filières qui créent une valeur ajoutée ».

Stéphane Winandy, Diversiferm

« Diversiferm est un projet qui regroupe divers instituts et partenaires en Région wallonne avec pour objectif d’accompagner les agriculteurs en diversification et pour la fabrication de produits transformés à la ferme, mais aussi des artisans qui ne sont pas eux-mêmes producteurs mais qui valorisent les matières premières issues de l’agriculture wallonne. On travaille avec des personnes qui font du fromage à la ferme, des jus de pommes, etc. 70 % des porteurs de projets avec lesquels on a travaillé depuis 2006 sont dans le secteur laitier. Quand on regarde les statistiques de demande de suivi, on se rend compte qu’en 2009, on a un pic de demandes de la part de personnes actives dans le secteur laitier et ainsi de suite avec les autres crises.

Je vais revenir sur les pistes qui sont en lien avec notre métier, à savoir la transformation agro-alimentaire et ce qui est valorisation en circuits courts dans des filières locales.

La vente directe est-elle une solution pour le secteur laitier ? Je dirais que c’est une solution dans certains cas de figure mais pas dans tous les cas de figure, c’est un avis partagé par les personnes qui accompagnent au quotidien les agriculteurs. Quelle est la solution convenant à chaque cas de figure ? Nous sommes là pour aider à réfléchir aussi bien sur les aspects administratifs, économiques ou en lien avec l’hygiène alimentaire des produits, mais aussi surtout les aspects technologiques avec nos partenaires qui peuvent aller sur le terrain ou louer leurs ateliers pour tout ce qui est fabrication de produits laitiers. Bien entendu, la vente locale en circuits courts qui sous-tend une activité de transformation va impliquer des compétences, du temps, des moyens financiers, donc tout un tas de paramètres qu’il faut bien évaluer avant de se lancer dans ce type d’activités. En fonction de la situation, le coût de la main d’œuvre peut être un facteur assez impactant sur la rentabilité du projet.

Une piste intéressante, c’est le lait à plus-value, notamment le lait à l’herbe et le lait au foin qui ont un impact sur la transformation des produits notamment en fromages. En éliminant les parts d’ensilage ou de préfané dans l’alimentation des vaches, on réduit les risques d’apparition, par exemple, de fermentations butyriques. Bien entendu, cette plus-value et les efforts faits par les producteurs doivent être, à notre sens, valorisés par une meilleure valorisation du prix du lait. On a des exemples de fromagers artisanaux en Wallonie qui, pour une qualité de lait supérieure, paient un prix supérieur à celui du marché.

Au sujet de la maitrise de la transformation, on voit d’après le sondage que ce n’est pas une priorité qui a été mentionnée par les éleveurs eux-mêmes, c’est un résultat interpellant qui reflète la volonté de producteurs de ne pas faire d’activité de diversification. Il faut prendre en considération les personnes qui n’ont pas envie de développer le circuit court et redévelopper des outils de transformation à plus grande échelle en Wallonie.

Enfin, pour la mutualisation des outils, on peut la considérer au niveau de la transformation. On a des exemples qui marchent plutôt bien. La mesure hall-relais agricoles va permettre à un ensemble de projets collectifs de démarrer. Il faut souligner que quand on implique différentes personnes dans un projet, la dimension collective, l’animation du groupe est un élément très important et donc il faut avoir en tête qu’il faudra le temps de fédérer les gens, de mettre en place cette dimensions collective autour du projet ».

Marie-Claire Wylock, Ferme de Stée

Présentation de la ferme et de ses activités (lire notre article sur la ferme)

Daniel Cloots, Fromagerie du Gros Chêne

Présentation de la fromagerie et de ses activités (lire notre article)

« On peut créer un emploi avec la transformation de 100.000 litres de fromages et un mi-temps pour sa commercialisation ».

 

Martine Cornil : « Nous n’avons pas encore parlé de l’AFSCA car qui dit transformation dit normes sanitaires. Est-ce que ce n’est pas aussi un frein pour certains producteurs ? »

Marie-Claire Wylock : « Je pense qu’on ne peut pas toujours tirer à boulet rouge sur l’AFSCA, il y a quand même un minimum à avoir dans son atelier, un minimum de contrôles à effectuer pour soi-même, pour la vente, car si la qualité n’y est pas, vous n’aurez plus la clientèle non plus. Il faut se remettre en questions, autant le faire correctement. Je ne pense pas personnellement que ce soit un frein, que ce soit insurmontable ».

 

Question du public (Thierry Kesteloot) : « Les producteurs sont-ils les principaux responsables de la crise ? Je ne pense pas. La cause de la crise est politique, c’est la PAC en particulier. Le public n’est pas sensibilisé à ça. Ne peut-on pas mieux sensibiliser le public et ne pas laisser les éleveurs seuls face au politique ? Il est important que les éleveurs et le public soient derrières les revendications d’une gestion de la production plutôt que de dire que c’est aux éleveurs à devenir plus autonomes ».

Alain Masure : « Il ne faut pas s’imaginer que toutes les solutions vont se trouver en interne. Il y a un problème de surproduction et il n’est pas du fait strictement des producteurs mais il est lié à un système de production organisé depuis des décennies et il y a un problème de politique des marchés que l’Union Européenne pratique car on est intégrés dans l’OMC et on a détricoté les règles de protection du marché intérieur qui faisaient partie intégrante de la PAC. C’est au niveau de la politique de marchés de l’Europe qu’il faut faire changer les choses aussi. Il faut trouver une solution à l’échelle de l’Union européenne. Parmi les intervenants à la table-ronde, on défend tous depuis quelques années à différents niveaux cette notion de gestion de la production, et malgré tout la politique des quotas qui a été abandonnée suivant la décision de la majorité européenne. Les politiques belges et wallons défendent nos points de vue. Il y a toujours une majorité au niveau du Conseil européen et du COPA dont la FWA est membre qui défendent la politique du marché et répondent à la crise actuelle : « Patience, la conjoncture va rétablir les choses ». Il faut tenir compte de cette situation au niveau européen. Le producteur n’est pas responsable de la crise car il produit trop. Tous ne produisent pas trop, et il y a cet historique au niveau économique et politique qui fait qu’on est dans cette situation ».

 

Conclusions

José Renard, Cabinet du Ministre Collin

« J’aimerais remercier mes deux voisins de droite (Marie-Claire Wylock et Daniel Cloots) pour la franchise et la passion avec laquelle ils ont raconté leur histoire. J’aimerais revenir sur le point soulevé par Thierry Kesteloot qui est que le sondage fait apparaitre un intérêt relativement faible du citoyen pour la régulation de l’offre. On voit que cette régulation a été mentionnée par les producteurs, et ça a été confirmé ici par tous les représentants des producteurs présents. C’est ce besoin de réintroduire des instruments de régulation de l’offre, probablement plus sous la forme des quotas administrés par les pouvoirs publics comme on a connu pendant trente ans, mais en tout cas d’avoir un marché qui soit géré et de ne pas laisser les marchés des produits alimentaires – car on parle quand même de notre alimentation au quotidien ici – aux fluctuations et à la main invisible du marché qui va tout régler. On a vu que certains Etats membres du Nord de l’Europe disaient « Vous devez être orientés sur le marché » mais on ne sait pas trop bien ce que cela veut dire. C’est un point qui nous conforte dans la position politique défendue au niveau européen : on a besoin dans cette crise de régulation du marché. Au niveau micro économique, nous avons des paradoxes : quand le prix baisse, l’agriculteur retrousse ses manches et il produit plus, parce qu’il a besoin de rentrées, parce qu’il a besoin de couvrir ses frais fixes mais finalement, plus il produit, et plus il perd au bout du compte. Donc il y a quelque chose qui ne va pas. Dans ce contexte, il faut regretter qu’il n’y ait toujours pas de majorité suffisante au niveau européen pour aller dans ce sens. Aujourd’hui, on met sur la table une enveloppe de 150 millions d’euros pour une réduction volontaire de l’offre.

Deuxième point que je voudrais soulever, c’est que partout, la rentabilité de la production, c’est deux éléments : la maîtrise des coûts et une plus grande valorisation de la production.

Dans la maîtrise des coûts, l’autonomie alimentaire est certainement l’un des critères que l’on veut privilégier au niveau du politique wallon. En effet, il faut bien se rendre compte qu’aujourd’hui, dans les coûts de production du lait, les aliments achetés comptent pour 30 %. Il y a probablement là des possibilités. On peut aussi avoir se demander si l’on doit produire absolument le dernier litre de lait, si l’on doit absolument mettre 140 vaches dans l’étable qui peut en contenir 120 et pourquoi pas 80.

La valeur ajoutée, plus de transformation à la ferme, du circuit court  – ce qui ne veut pas dire automatiquement la vente par l’agriculteur lui-même, ça peut être la vente via des groupements, via des halls-relais… -, la réappropriation par le producteurs d’une partie de la transformation est essentielle. Il faut reprendre une partie de la valeur ajoutée qui a surtout été déléguée aux laiteries, et même si ces laiteries sont coopératives, on voit qu’il y a des divergences d’intérêts entre la laiterie et le producteur laitier fournisseur de cette laiterie dont il est co-propriétaire. Dans ce domaine-là aussi niveau politique, juste pour en citer quelques exemples récents, il y a des actions notamment le subventionnement des halls-relais agricoles.

Sortir l’alimentation du libre-échange est un domaine qui dépasse largement le cadre de la Wallonie et qui nous est cher. L’alimentation ne peut être considérée comme un produit manufacturé type boulon, malheureusement, notre actualité l’illustre, des multinationales peuvent fermer du jour au lendemain des usines, provoquant la perte d’emplois, et aller reconstruire ailleurs la même usine, là où ça coûte moins cher.

L’accès à la terre qui est souvent cité est un des éléments de la déclaration de politique régionale, mais c’est un élément qui est particulièrement difficile à gérer.

Pour la mutualisation des moyens de production, il y a la subvention aux coopératives et aux hall-relais ».

Marc Tarabella, Député européen membre de la Commission agriculture

« Dans les exemples cités dans la présentation, j’ai eu la chance de visiter la ferme de Daniel Raucq en 2009, et sa gestion de l’herbe, de l’herbage est quelque chose qui m’avait frappé dans ce qui était déjà la crise du lait à l’époque. La diminution des coûts, le fait de travailler en autonomie est certainement une voie à suivre. J’avais aussi visité la ferme de Monsieur Theissen à Manderfeld, où il a 110 hectares et ses deux filles qui avaient fait des études allaient lui succéder dans la ferme, ferme viable avec une gestion raisonnée. Ce sont des modèles à mettre en avant et oser les ruptures. Je suis un adversaire de l’agriculture hors-sol et quand je parle avec les fermiers de ma commune, ils ne sont pas tous contents quand je dis ça mais quand on dit qu’on n’a pas d’autre choix que de faire un poulailler avec 40.000 poules parce que Crelan ne fait pas de crédit si on ne fait pas de poulailler – alors il faut peut-être changer le mode de fonctionnement des banques par rapport à l’agriculture -, mais est-ce vraiment raisonnable car l’agriculteur est alors destiné à devenir inféodé à une société qui vous livre les petits poussins mais aussi la nourriture, et qui vous fait payer les investissements et les problèmes y afférants, c’est un modèle agricole qui ne me parle pas. Je suis assez sensible à ce que j’ai entendu aujourd’hui. Je ne connaissais pas l’exemple de Madame Wylock, mais en voici un supplémentaire à rajouter à la collection. Il faudrait davantage de partages d’expériences comme ça, mais en grand public car beaucoup d’agriculteurs souffrent aujourd’hui. Caterpillar, c’est 2.200 personnes qui perdent leur emploi aujourd’hui et il y aura des sous-traitants, ça fait 3.000 ou 4.000 emplois, c’est un désastre. Mais tous les jours, il y a des désastres dans les fermes. Les gens arrêtent, parfois se suicident car ils n’y arrivent plus. L’échange de bonnes pratiques à grande échelle ou en tous cas essayer de s’entraider par l’échange d’expérience est quelque chose d’important.

Le lait à plus-value est certainement ce qui nous manque en Wallonie. Il y en a évidemment mais sans doute pas assez. Et je suis critique à l’égard des laiteries wallonnes qui ont certainement été peu inventives. La Laiterie des Ardennes : lait en poudre, beurre et lait de consommation. Alors on paie à 20 cents ou 22 cents. A la fromagerie du Samson à Gesves, il paie son fermier bien davantage que ce qu’il obtient du marché, l’un valorise la production de l’autre, comme la fromagerie du Gros Chêne. Tous ces exemples-là, c’est bien, mais la majorité du lait souffre plus en Wallonie que dans les autres régions du marché mondial. Les producteurs de Comté souffrent moins. Il y a 2.500 producteurs de Comté, et c’est certainement un effort que l’on devrait faire en Wallonie, c’est de faire reconnaître les appellations d’origine, comme les Italiens, comme les Français, qui souffrent moins de la crise grâce à la valeur ajoutée. Je pense qu’il faut travailler là-dessus.

Pour la régulation, très concrètement, au niveau européen on a toujours une majorité de la droite conservatrice qui dit que c’est le marché, que ça va se régler. Le commissaire vient d’admettre maintenant qu’il y a une crise. La régulation collective globale, avec ses défauts parfois par trop de rigidité, a montré qu’elle fonctionnait relativement bien parce que les crises ont été évitées pendant 30 ans. Aujourd’hui, quand on plaide pour un retour à la régulation, il n’est pas question de parler de quotas. Malheureusement, il faudra encore que du sang et des larmes coulent et que la crise dure pour qu’on revienne à un mécanisme décidé de régulation collective, et ce n’est pas faute des efforts réalisés par les Ministres Collin et Borsus au niveau belge, mais en Europe, les pays protestants (danois, suédois, néerlandais, britanniques, allemands…), l’Europe anglo-saxonne ultra-libérale ne veulent pas de régulation. Les flamands commencent à parler de régulation car ils ont des problèmes dans le porc. Malheureusement, les producteurs ne sont pas solidaires : dès qu’on libère la bride, certains en profitent pour produire plus ce qui précipite tout le monde vers le bas. En effet, la consommation mondiale augmente d’un pourcent tous les ans environ, et la production de lait, elle, augmente de 5, 6, 10 %, 15 % dans certains pays. Ceci crée le problème. Il faut une régulation obligatoire, pas volontaire, ça ne sert à rien. Le Commissaire Hogan a fait un pas dans la bonne direction en reconnaissant qu’il faut réguler et parvenir à maîtriser à nouveau l’offre, mais par des mesures volontaires, ça ne sert à rien car si certains feront l’effort, d’autres ne le feront pas et le prix restera quand même bas, et les 500 millions d’euros seront de l’argent jeté.

Je termine en disant que sans doute, faut-il des ruptures par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui. On est les seuls acteurs mondiaux à encore faire des aides découplées, plus de 70 – 80 % mais ça ne va pas car tous les autres couplent à la réalité économique de la ferme. L’aide à l’hectare est finalement un transfert aux propriétaires, vu que les agriculteurs ne sont pas propriétaires de leurs terres ! Si on sait que vous avez 460 ou 380 euros par an par hectare, le propriétaire peut augmenter son prix aussi, donc ce n’est pas une aide efficiente pour l’agriculture. L’aide la plus efficiente que l’on peut donner c’est de faire respecter le travail, c’est de donner un prix décent pour ce que les agriculteurs font. Les aides peuvent éventuellement servir pour les années difficiles, lorsqu’il y a des aléas climatiques que l’on annonce d’ailleurs de plus en plus nombreux. Donc, il faudrait des aides tenant compte du revenu. Deuxième rupture, c’est l’intervalle entre les différentes réformes de la PAC. 5 ans c’est le temps d’une législature, ce n’est pas le tenable pour les agriculteurs. Quand des jeunes veulent reprendre, ils doivent pourvoir voir l’avenir sur un laps de 25 à 30 ans. Il faut une vraie stratégie agricole et alimentaire pour le long terme. Troisième rupture, c’est arrêter avec l’ultralibéralisme des échanges. L’administration américaine montre que le TTIP va être très profitable pour les américains et pas du tout pour les européens. Est-ce qu’on doit embrasser le modèle de consommation américaine ? J’essaie de mener une lutte contre l’obésité, il faut manger un peu plus sainement, peut-être en moindre quantité. Le modèle de consommation américaine n’est pas un modèle à épouser. L’agriculture n’est plus considérée aujourd’hui comme une activité stratégique, comme l’industrie ! L’Europe a abandonné son industrie ! On se heurte à d’autres acteurs qui eux sont pragmatiques. Les américains donnent des aides. Je ne suis pas anti-américain, mais je suis contre le TTIP car les américains sont beaucoup plus pragmatiques que nous, ils ont une stratégie, eux, y compris pour leurs agriculteurs car si le prix du lait chûte, il y a des aides contracycliques. Nous on est démunis. Clairement, que l’agriculture soit une variable d’ajustement de tous les projets de l’accord de libre-échange me gêne, ce devrait être le premier chapitre qui devrait être bouclé pour avoir cette protection. Ce n’est pas le cas et ce n’est pas avec la Commissaire Malmström que ça va changer.

Revenir à une régulation globale, ce n’est pas un gros mot. Pourquoi produire plus ou surproduire, on sait qu’il y aura des bouchons. Il faudrait commencer par gaspiller moins, sans doute. Revenons à une production qui soit calquée sur les besoins.

Enfin, autre rupture, j’en ai marre de l’Europe à 28, elle ne fonctionne plus et d’ailleurs on l’a vu avec la PAC. Il faut une vraie PAC avec une stratégie car à un moment donné pour arriver à un compromis à 28 il y a toujours des blocages de certains et on finit par prendre le plus petit commun dénominateur. La PAC est appliquée de manière différente dans les différents pays, il y a des mesures qui ne sont pas obligatoires, qui sont volontaires, certains les font, d’autres pas. Il n’y a pas de cohérence à 28 et pourtant l’Europe est une plus-value dans l’histoire du 20ième siècle avec ses avantages et ses défauts. Certains pays veulent une Europe à la carte et sont dans l’Europe un peu comme si c’était un Bancontact, ils la considèrent pour ce qu’elle peut apporter mais surtout pas être solidaire. C’est donc un modèle qu’il va falloir remettre en cause car aujourd’hui, on n’arrive plus dans pas mal de matières, pourtant stratégiques, à décider de manière correcte dans l’intérêt de tout le monde. Le signal d’alarme est lancé avec le Brexit et la concurrence déloyale dans toute une série de secteurs. Est-ce que l’Europe c’est la concurrence des uns par rapport aux autres ? Voilà pourquoi il faut revoir, au-delà de l’agriculture, tout le modèle de la plus-value de ce que l’Europe doit ou devrait apporter aux citoyens ».


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