Abattage en prairie : quand des éleveurs se font chasseurs pour éviter à leurs animaux le stress de l’abattoir

Pour procurer une mort dénuée de stress à leurs animaux et produire une viande de très haute qualité nutritionnelle et gustative, des éleveurs choisissent d’abattre leurs animaux dans leur environnement familier, en prairie et au milieu de leurs congénères.

Jusqu’à présent en Europe, cette pratique relève avant tout de démarches individuelles, sur base de dérogations obtenues auprès des services vétérinaires. Toutefois, différentes initiatives voient le jour dans nos pays voisins pour rendre cette pratique légale et plus accessible.

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Un éleveur suisse obtient une autorisation définitive pour l’abattage de bovins au pâturage.

Le FiBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique) a réalisé une recherche, soutenu par la Fondation «Quatre Pattes» pour savoir ce qui devait être modifié sur le plan légal et préparé sur le plan organisationnel pour permettre aux éleveurs suisses de pratiquer l’abattage au pâturage.

C’est dans le cadre de cette étude que le paysan bio Nils Müller a récemment obtenu, après une dizaine d’abattages en « phase test », une autorisation définitive pour abattre ses bovins au pâturage.

La méthode mise au point par l’éleveur consiste à tirer le bovin depuis un affût de chasse. L’animal est ensuite immédiatement saigné et mené à l’abattoir dans une remorque spéciale.

Des mesures de paramètres sanguins réalisées par le FIBL ont permis de confirmer que les facteurs de stress pré-mortem sont extrêmement bas lors de l’abattage au pâturage. Une étude de l’Université de Kassel en Allemagne a également mis en évidence une qualité de viande supérieure liée à ce type d’abattage.

Lien vers le site du FIBL : http://www.fibl.org/fr/medias/archives-medias/archives-medias16/communique-medias16/article/weideschlachtung-gesetzlich-erlaubt.html

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Des dispositifs de transport et de saignée mis au point en Allemagne pour faciliter l’abattage en prairie.

En Allemagne, l’abattage de bovins en prairie peut être autorisé par le service vétérinaire compétent dans le cas des bovins qui sont toute l’année dehors. La loi prévoit que la durée maximale entre l’étourdissement et la saignée soit de 60 secondes et le temps de trajet jusqu’à l’abattoir de maximum une heure.

Mise au point par l’éleveur Hermann Maier et la société Agrima, La Mobile Schlachtbox (MSB) est une boite, montée sur un tracteur, qui permet de saigner et de transporter une bête de la prairie jusqu’à l’abattoir.

Selon une thèse portant sur les aspects économiques et logistiques de cet outil (Denis Veil et Ingo Dittrich, 2013), l’abattage d’un bovin en combinant la MSB avec un abattoir mobile dans un camion reviendrait à 180 euro, autrement dit, un prix équivalent à un abattage classique.

Lien vers le site de l’association de soutien à Hermann Maier : http://uria.de/

Une remorque pouvant être tractée par un tracteur ou une simple voiture, nouvelle version du box d’abattage mobile, a été conçue par l’agronome Léa Trampenau. Cette dernière dirige l’entreprise Innovative Schlachtsysteme qui commercialise la remorque et propose un conseil sur les questions d’hygiène et de législation pour des éleveurs qui voudraient mettre en œuvre ce type d’abattage. La vocation de cette remorque est d’être homologuée comme partie mobile d’un abattoir.

Lien vers le site d’Innovative Schlachtsysteme : http://www.iss-tt.de/

En Belgique, l’abattage d’animaux à la ferme n’est pas autorisé, hormis les abattages d’urgence, ou pour l’autoconsommation du ménage. Cette autorisation n’est valable que pour l’abattage de porcs, de caprins et d’ovins. Les bovins doivent quant à eux toujours être abattus dans un abattoir.

Notons néanmoins que la législation permet la mise à mort sur le lieu d’origine dans le cas d’élevage de gibier afin de tenir compte de la difficulté de transporter le gibier d’élevage et de garantir le bien-être des animaux.

L’abattage en prairie peut-il rejoindre les attentes des éleveurs wallons pour un abattage de proximité ? Sont-ils prêts à prendre eux-mêmes en charge la mise à mort de leurs animaux ? Eleveurs, abattoirs et services sanitaires sont-ils prêts à travailler ensemble pour proposer un cadre législatif et un encadrement adéquat ?

Autant de questions que nous vous proposons d’aborder ensemble lors d’une table ronde au salon Valériane, le samedi 13 septembre : « Abattoirs mobiles, conteneurs, tir au pré ? Explorons ensemble les alternatives qui préservent l’autonomie et l’artisanat des éleveurs en circuit court ».


 

10 thoughts on “Abattage en prairie : quand des éleveurs se font chasseurs pour éviter à leurs animaux le stress de l’abattoir

  1. Bonjour. Il est intéressant de lire Dan O’Brien, Wild Idea, à ce sujet. J’applaudis à l’idée de ce mode d’abattage qui respecte davantage les animaux, mais je persiste à penser que le vrai progrès serait de renoncer à ces élevages : leur empreinte écologique est énorme, nous connaissons les moyens d’adopter un régime alimentaire équilibré sans protéines animale et enfin, ces animaux ont autant que nous le droit à la libre vie. J’adore le goût de la viande, mais j’ai adopté un régime végétarien depuis l’âge de 18 ans et trente ans après, je suis en pleine santé sans carence, et en paix avec ma conscience. Justement, je viens de publier sur mon blog une petite étude de comportement bovin : http://www.isapi.be/blogue

    • Les prairies permanentes génèrent de la biodiversité contrairement aux cultures, même bio. Hirondelles, cigognes noires, bistortes, nacrés de la bistortes, reines des prés, etc, etc, (liste infiniment plus longue) devraient donc disparaître. .. si je vous comprends bien. (voir écosystèmes prairiaux).
      En plus, les sols des prairies permanentes sont d’une qualité bien supérieure à ceux des cultures (sols vivants vs sols morts – nombre de vers de terre 3 à 5 fois supérieur).
      Et séquestrent du carbone, contrairement aux cultures qui elles le relâchent dans l’atmosphère (réchauffement climatique ).
      Visionnez la vidéo « test à la bêche » réalisé par l’office de l’agriculture et de la nature, protection des sols, canton de Berne, Année internationale des sols 2015.
      Les prairies permanentes ont un rôle écologique majeur qu’il ne faut pas occulter. Un procès se fait à charge et à décharge. ..
      Quant aux prairies temporaires, elles sont nécessaires en rotation, dans un système de cultures respectueux de l’environnement, notamment pour gérer les adventices, à moins de préférer les produits phytosanitaires.
      Merci de replacer les prairies permanentes et temporaires dans les agro-ecosystémes. Et de garder en tête les notions d’agroécologie.
      Être vegan n’épargne en rien la vie des animaux. Les vers de terre en parcelles cultivées est réduit. On est à 1,1 tonne de vers de terre à l’hectare en sol cultivé sainement (que dire en sol de grandes cultures comme le blé ou le soja? Voir les sols morts en Beauce, là où l’élevage est absent. Voir les travaux du coup le Bourguignon) contre 5 tonnes pour prairies avec fumier de bovin… ça nous fait une hécatombe de 4 tonnes d’êtres vivants, sans parler de tout les autres êtres vivants qui constituent la micropédofaune. C’est parce qu’on ne les voient pas qu’ils ne comptent pas? Y aurait-il des différences entre les êtres vivants?
      Pollution ? En Co2, je viens d’expliquer la séquestration du carbone dans les sols de prairies permanentes, au contraire des cultures qui libèrent le CO2.
      En matière de méthane, je vous rappelle que les rizières émettent autant de méthane que les élevages. Au problème de méthane du riz, on peut ajouter l’exploitation sociale et l’empreinte écologique liée aux transports. Je je n’ai jamais entendu un vegan s’en indigner. De nouveau, deux poids, deux mesures…
      Et ce qui m’ennuie le plus, c’est l’apologie que certains font du soja. Pour ma part, le soja représente la mondialisation, l’uniformisation, la monoculture, les semences hybrides,…, donc la dépendance alimentaire: le pouvoir absolu de Monsanto (ou de la firme qui va le racheter). Je pense que les vegans font le lit de l’agro-industrie et cautionnent son monopole.

      • Merci pour votre commentaire, très fouillé.
        Non, je ne souhaite pas que ces merveilleuses espèces que vous évoquez disparaissent. Mais elles pourraient être d’autant mieux préservées, voire multipliées, si les prairies permanentes étaient entretenues non par l’activité d’élevage, mais par les grands herbivores indigènes et sauvages, eux-mêmes régulés par les grands prédateurs – pour ce faire, il faut évidemment abolir la chasse, qui dans nos contrées ne nourrit que le plaisir de tuer. Elles seraient d’autant mieux préservées, parce qu’avec pareil entretien – naturel et efficace ! – le maillage écologique nécessaire à la libre circulation des animaux serait assuré. Les bénéfices de la réintroduction du loup dans le Parc de Yellow Stone sont enviables.
        Je ne sais pas vous, mais je préfère faire confiance à la gestion de la nature qu’à la gestion de scientifiques qui malgré leur admirable travail ne pourront jamais anticiper rigoureusement et exhaustivement les effets de nos activités et qui n’auront jamais la paix face aux lobbies de l’industrie, de la chasse et j’en passe.
        J’ai visionné la vidéo « Test à la bêche ». Effectivement, si l’on considère les monocultures extensives ayant recours aux phytosanitaires, le sol est mort. Mais comme vous le savez déjà, puisque vous me parlez d’agroécologie, chez les petits producteurs pratiquant une agriculture paysanne, respectueuse du sol et créatrice d’écosystèmes, le sol vit.
        Je sais qu’il y a élevage intensif et élevage durable, respectueux des écosystèmes. Il n’empêche que puisque nous sommes incapables de maîtriser notre croissance démographique, il faut bien limiter notre impact sur la planète et cela passe par une réduction drastique de la consommation de viande. Je vous invite à approfondir vos connaissances du sujet lisant le Rapport sur Le droit à l’alimentation, facteur de changement, téléchargeable sur http://www.srfood.org/images/stories/pdf/officialreports/20140310_finalreport_fr.pdf.
        Ce rapport date de 2014 et pourtant, en 1985 ce sont déjà les mêmes informations qui m’ont conduit au choix du végétarisme. J’ai ensuite trouvé de plus en plus de bonnes raisons pour étayer mon choix, notamment dans les études en éthologie animale. J’adore la viande, mais avec les connaissances dont nous disposons aujourd’hui, nous savons les animaux doués de sensibilité semblable à la nôtre et nous savons comment nous nourrir de façon équilibrée en nous passant de viande.
        Mon voisin éleveur se démène pour assurer le bien-être de son troupeau au détriment du sien, mais il peine à tirer avantage de son engagement dans le bio : sur ses 80 bovins, 2 à 3 maximum sont écoulés dans la filière, le reste passe pour du non-bio.
        Il est vrai qu’être vegan n’épargne en rien la vie des animaux, car aucune vie n’est innocente ! Dès qu’un être vient à ce monde, il va nécessairement se nourrir d’un autre ou aux dépens d’un autre. Même les végétaux autotrophes sont en compétition. Alors puisque comme moi vous aimez les vers de terre, suicidons-nous immédiatement – je plaisante, pardonnez-moi, mais il me semble évident que se limiter à manger des végétaux épargne quand même plus d’animaux qu’un régime carnivore.
        De même, vous savez certainement qu’un régime végétarien bien équilibré comprend bien d’autres aliments que le riz et le soja. Vous connaissez sans doute aussi les riz équitables et biologiques. Quant au soja, bien qu’il existe des filières durables et éthiques, figurez-vous je n’en mange jamais et lui préfère les légumineuses (dont 2016 est l’année internationale : http://www.fao.org/pulses-2016/fr/).
        Permettez-moi enfin de vous rassurer : il y a des tas de gens qui s’indignent d’un tas de choses et agissent pour un monde meilleur, depuis le végétarien en herbe jusqu’au carnivore mordu, et je fais partie de ces gens. C’est ainsi que j’essaie de consommer des productions issues de circuits courts, d’agriculture paysanne et sinon, de productions plus lointaines mais plus équitables et respectueuses de l’environnement. Remarquez que cela n’empêche pas quelques incohérences : je mange des champignons, bien plus proches des animaux que des végétaux, et comme vous je recours à un ordinateur, dont la production impacte certainement davantage qu’une vache.
        Bon appétit, puisqu’il est pile midi !

      • Si vous ne faites pas la différence entre une vache et un verre de terre, vous n’êtes pas loin de ceux qui entendent les carottes crier quand ils les arrachent du sol.Non, je n’ai pas de compassion pour les vers de farine lyophilisés si ceux-ci peuvent remplacer la viande de gros animaux.

  2. Bonjour.
    Amusante synchronicité : je viens de publier un article sur mon blog au sujet des bovidés : http://www.isapi.be/blogue.
    Il est intéressant de lire Dan O’Brien, Wild Idea, à ce sujet.
    J’applaudis à l’idée de ce mode d’abattage plus respectueux des animaux, mais je persiste à penser que le vrai PROGRES serait de renoncer à ces élevages, pour différentes raisons : leur empreinte écologique est énorme ; nous avons tant d’autres sources de protéines végétales et nous connaissons le moyen d’équilibrer notre régime alimentaire sans apport de protéines animales ; les animaux ont autant que nous le droit de vivre librement.
    J’adore le goût de la viande, mais j’ai progressivement adopté le régime végétarien depuis l’âge de 18 ans : trente ans après, je suis en pleine santé sans carence et en paix avec ma conscience.

  3. Bonjour Sylvie,

    Merci pour ton message qui va dans le bon sens! Merci aussi pour tous les autres que je transmets à l’un de mes frères qui a des terres en Ardenne.

    Bonne continuation.

    Cordialement,

    Michèle

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