Produire à contre-saison ? Oui mais…

 

L’intérêt de manger de saison

A l’heure actuelle, il est possible de trouver sur le marché des fruits et légumes toute l’année, ou presque. Cette disponibilité est rendue possible par deux facteurs, séparés ou combinés : le commerce international, qui permet de proposer des fruits et légumes produits à l’autre bout du globe, où leur culture est possible à cette période de l’année, et la production sous serres chauffées avec éclairage, qui procure un environnement artificiel favorable pour la culture hors-saison, en contraste avec les conditions extérieures.

Il est difficile de dire si c’est l’offre qui a stimulé la demande, ou si l’inverse s’est produit. Néanmoins, le consommateur est preneur de ces marchandises produites à contre-saison, et parfois, il ne se pose plus la question de la saisonnalité des produits et de leur mode de production. Si bien que plusieurs associations souhaitent sensibiliser les consommateurs à l’impact écologique de leurs choix alimentaires, et proposent des calendriers des fruits et légumes de saison.

La disponibilité des produits à contre-saison a un important coût écologique. Nous tentons ci-dessous de le déterminer.

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Impacts écologiques d’une alimentation à contre-saison

Le transport

Le transport des marchandises depuis le lieu de production vers le lieu de consommation (avec parfois de multiples intermédiaires dont les transformateurs, centrales d’achats ou grossistes, distributeurs…) laisse une empreinte écologique. Cet impact va dépendre de plusieurs facteurs : le mode de transport (bateau, camion, avion, véhicule particulier ou camionnette) et la distance de transport par quantité transportée par le véhicule, donc le nombre de kilomètres par kg (ou tonne) de produit.

 

En ce qui concerne les émissions de CO2, elles varient selon les moyens de transport :

• Bateau: 15 à 30 g/ tonne km*

• Train: 30 g/ tonne km

• Voiture: 168 à 186 g/ tonne km

• Camion: 210 à 1.430 g/tonne km**

• Avion: 570 à 1.580 g/ tonne km***

 

Source : Bureau fédéral du plan, task force développement durable, Tableau d’indicateurs de développement durable, supplément au troisième rapport fédéral sur le développement durable.

*La tonne kilomètre correspond à la quantité de CO2 émise pour transporter 1 tonne d’aliment sur 1 km.

** Les valeurs varient fortement selon le type de camion. Généralement, un grand camion émet plus de CO2 qu’un petit camion; les camions frigorifiques émettent jusqu’à 800g CO2/tonne km en plus qu’un camion non réfrigéré.

*** Dans le cas des avions, la distance joue un rôle important car une quantité plus importante de C02 est émise lors du décollage. Dès lors, les vols plus courts produisent relativement plus de CO2 par tonne km que les vols plus longs.

 

Le nombre de kilomètres va dépendre à la fois de l’éloignement du pays source, des intermédiaires (nombre et emplacement) et des quantités transportées. Ainsi, si le circuit-court a pour caractéristique de rapprocher (dans tous les sens du terme) le producteur et le consommateur, néanmoins, un point faible de ce mode de commercialisation est la faible quantité de produits transportée, même sur de courtes distances, lors de la commercialisation (transport en camionnette vers les points de vente locaux et retour souvent à vide, transport du point de vente à la ferme vers les habitations des consommateurs, etc.)*. S’il faut être conscient de cet inconvénient, il ne devrait néanmoins pas remettre en question les avantages multiples de ce mode de commercialisation.

 

*A lire sur l’impact carbone des circuits-courts :

 Alimentation : le bilan carbone des circuits courts pointé par le CGDD

Consommer local, les avantages ne sont pas toujours ceux que l’on croit

 

Le mode de production

L’impact environnemental dépend plus du mode de production que du transport. 57 % des émissions de gaz à effet de serre de la chaîne alimentaire sont liés à la phase de production et seulement 17 % aux phases de transport (cf. figure 1). Cet ordre de grandeur est proche de celui observé en Allemagne : 52 % des émissions de GES venaient de la production agricole et seulement 13 % de la distribution (étude relatée dans Redlingshöfer, 2006).

Dans le sujet qui nous occupe particulièrement, le chauffage et l’éclairage des serres représentent un poste important, couvrant en moyenne 40 % des coûts de production de la culture.

 

 Sources d’impacts d’émissions de gaz à effets de serre dans la chaîne alimentaire

Fig 1 impact écologique

 

 

Application : les tomates d’hiver

Nous sommes en décembre. Dans le supermarché, vous trouvez des tomates marocaines et des tomates belges. Dans cet assortiment, quelles tomates sont les plus écologiques ?

Les tomates marocaines sont produites sous abris, sans chauffage ni éclairage artificiels, depuis la fin novembre jusqu’au mois de mars ou d’avril, avec un pic de production en décembre. Elles présentent des coûts liés au transport (souvent par bateau puis camion, en grandes quantités) mais peu de coûts de production.

Les tomates belges sont produites en hiver sous serre chauffée, avec éclairage artificiel. Dans ces conditions, on peut les produire 12 mois sur 12. Si cette tomate est un produit local, et que sa distance entre producteur et consommateur est faible, elle a néanmoins le gros désavantage d’entraîner des coûts écologiques importants liés à la production.

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La tomate présentant l’empreinte écologique la plus faible est dès lors… marocaine, à cette saison. L’auriez-vous pensé ?

Moralité : manger local, oui, mais attention ! Pas hors-saison !

Notes : nous parlons ici du point de vue écologique, mais n’oublions pas les autres aspects : économique (prix de l’aliment, agriculture soutenue, etc.) et social (conditions de travail de la main d’œuvre, etc.). Ces autres critères doivent aussi être pris en compte pour une consommation responsable. Par ailleurs, dans le critère écologique, nous n’avons pas pris en compte l’aspect phytoprotection (pesticides) : quelles sont les normes en vigueur et la qualité des contrôles dans le pays de production ? Enfin, si nous préférons les produits étrangers pendant certaines saisons pour des critères écologiques, quid de l’autonomie alimentaire de la Wallonie ?

 

Lire aussi…

Impact environnemental du transport de fruits et légumes importés

Etude du CRIOC sur les fruits et légumes locaux et de saison

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