Rencontre de Cédric Melin, « Les Coins de Champs »

Parcours, témoignages et quelques réflexions sur les serres bio

Ce lundi 18 août, nous avons rendu visite à Cédric Melin, producteur de petits fruits et de légumes aux « Coins de Champ », à Court Saint Etienne. C’est dans le fond du chemin de Noirhat, dans un petit coin reculé, discret et bien sympathique que nous avons rencontré Cédric, au milieu de ses cultures.

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Cédric a suivi une formation d’ingénieur industriel, principalement orientée vers un système productiviste. Après une expérience de deux ans chez Bayer, qui lui a permis de se rendre compte de la réalité d’une firme (phyto)pharmaceutique, il a travaillé dans l’encadrement des fraisiéristes en lutte intégrée. Enfin, il y a cinq ans, Cédric a décidé de se lancer dans un projet qui le titillait depuis la fin de ses études : le maraîchage et la production de petits fruits. Trois ans plus tard, sa femme Pia le rejoint à plein temps pour gérer, avec l’aide de saisonniers, deux hectares de cultures.

Une cinquantaine de légumes sont cultivés tout au long de l’année. Sur un demi-hectare, Cédric cultive également des fraises et quelques framboises. La majorité des cultures se fait en pleine terre, mais quelques tunnels permettent la culture sous abri. Les fruits et légumes sont vendus en bord de route, sous forme de paniers ou à la coopérative Agricovert. L’autocueillette est aussi proposée à certaines périodes de l’année. Elle permet selon Cédric de démocratiser les produits bio pour ceux qui ont moins les moyens : les fraises « auto-cueillies » sont vendues 6 euros le kilo contre 10 euros le kilo en barquettes en bord de route. Aussi, lorsque les consommateurs viennent cueillir leur récolte, ils s’intéressent au mode de culture, se rendent compte des réalités de la production, rencontrent et échangent avec les producteurs et se fidélisent.

Les cultures sont certifiées bio. Selon Cédric, la certification n’est pas une fin en soi, et il regrette qu’un système basé sur la confiance ne soit pas appliqué. Le système de contrôle actuel est nécessaire pour éviter toute tricherie et assurer la confiance des consommateurs dans le label bio… en théorie. Néanmoins, Cédric nous fait part de la difficulté à valoriser ses produits bio face aux producteurs conventionnels des environs, qui se disent « biologiques mais non certifiés », et qui gagnent la confiance des consommateurs. La certification permet aussi à Cédric de travailler avec la coopérative Agricovert et de pouvoir prendre la parole lors de débats sur l’agriculture biologique.

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En ce qui concerne notre consultation sur les serres bio, Cédric trouve à raison que cette question concerne peu la Wallonie. Les producteurs sous serres bio wallons se comptent sur les doigts de la main. Néanmoins, il est important de se prononcer pour l’Europe et en prévision de toute évolution à venir.

Commençons par la problématique de la tourbe. Cédric ne consomme de tourbe que par l’intermédiaire des plants qu’il achète pour lancer ses cultures. Convaincu qu’il faut se passer à terme de cette ressource non renouvelable et dont l’exploitation a des impacts écologiques importants, Cédric serait prêt à acheter des plants cultivés dans d’autres substrats, même si cela devait occasionner une hausse des prix.

Faut-il interdire ou limiter le chauffage et l’éclairage des serres ou l’enrichissement en CO2 ? Selon Cédric, tout dépend de la manière de chauffer ou de produire le CO2. Des serres couplées à des industries produisant de la chaleur pourrait être intéressantes : c’est du recyclage, de la valorisation de chaleur résiduelle. Un recyclage de carbone (CO2) pourrait également être mis en place pour certaines industries. Cédric serait favorable à la mise en place d’un cahier des charges limitant l’impact environnemental de la production, plutôt qu’à une interdiction pure et simple de l’utilisation de ces méthodes.

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Tunnels ou serres ont un intérêt pour le producteur : ils permettent la production de primeurs, qui sont de loin les produits les plus recherchés par le consommateur. Notamment en zone rurale, où les habitants cultivent leur potager, il faut arriver avec des produits à l’avance ou dont la culture est plus difficile pour un particulier. Mais où se situe la limite acceptable ? Jusqu’à quel point faut-il avancer la période de production des primeurs ? On peut actuellement trouver des potirons provenant d’Amérique du Sud. Le consommateur en est-il conscient et soucieux lorsqu’il découvre les premiers potirons « primeurs » dans son supermarché ?

Culture sous serres et consommation hors-saison sont intimement liés. L’offre crée la demande…. Ou la demande crée l’offre ? Difficile de dire ! Tandis qu’il est difficile d’agir sur l’offre (interdire à la vente des produits hors-saison ?), il est possible de jouer sur la demande en conscientisant le consommateur sur l’impact de ses choix alimentaires. Peut-on revenir à une consommation en lien avec les saisons, conserver, éventuellement en transformant, les fruits et légumes d’été pour leur consommation en hiver ? C’était pratiqué par les générations précédentes… mais l’homme ou la femme d’aujourd’hui prendra-t-il (elle) encore le temps de se consacrer à cette tâche ?

De la question des pratiques de culture sous serres bio, nous débouchons sur des réflexions multiples concernant l’alimentation et la société.

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