Utiliser la tourbe en tant que substrat de culture en bio ?

 

Pourquoi utilise-t-on la tourbe ?

C’est un substrat relativement neutre, à structure stable, dont la propriété principale est sa rétention importante en eau. Il ne fixe pas l’azote.

Pourquoi son utilisation est-elle remise en question ?

La tourbe est un élément naturel fossile résultant de l’accumulation lente de matières organiques mortes (notamment les sphaignes) dans les milieux humides. L’extraction de la tourbe détruit ces milieux à haute valeur biologique. L’assèchement des tourbières, lié à leur exploitation, relargue des quantités importantes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère (10 kg de tourbe libèrent 18 kg de CO2, soit l’équivalent d’un trajet de 100 km en voiture). La tourbe est utilisée en culture (fleurs, légumes…), pour le chauffage (plus chez nous mais encore dans certaines zones d’Europe) et pour la fabrication de charbon actif. Si l’extraction de tourbe est interdite dans plusieurs pays européens (dont la Belgique – vérifier), on en compte néanmoins 60 millions de m³ par an extraits dans l’Union Européenne. La convention de Ramsar vise, au niveau mondial, la protection des zones humides d’importance internationale. Elle a été signée par 167 pays, dont la Belgique.

Aucune législation européenne ne prévoit la réduction des utilisations de tourbe dans le domaine agricole et horticole. Néanmoins, des plans d’abandon de la tourbe sont mis en place en Suisse et en Angleterre, sur base volontaire dans un premier temps, avec des objectifs sur le long terme (Angleterre : interdiction aux particuliers en 2020 et aux professionnels en 2030).

Voir le Plan d’abandon de la tourbe en Suisse

Voir le Plan d’abandon de la tourbe en Angleterre

tourbe

Peut-on s’en passer ? Des alternatives existent-elles ?

Selon J. Marechal du CIM, l’emploi de tourbe n’est pas indispensable en agriculture biologique. Des solutions peuvent être trouvées dans les fibres végétales (coco, miscanthus…) ou dans la matière organique. Des recherches sont néanmoins nécessaires pour une meilleure maîtrise de la matière organique en serriculture.

C’est au niveau de l’horticulture qu’il est plus difficile de trouver des alternatives. En effet, les plantes acidophiles sont difficiles à produire sans tourbe car les substituts ont un pH plus élevé, qui ne peut que difficilement être abaissé à un niveau optimal pour les plantes. L’emploi de substituts à la tourbe suppose une adaptation des processus de travail, ceux-ci étant parfois allongés et nécessitant davantage de connaissances techniques.

Par ailleurs, selon le Plan d’abandon de la tourbe suisse, « certains substituts à la tourbe présentent un bilan d’énergie grise défavorable, d’autres n’ont pas complètement fait leurs preuves (fibres végétales), d’autres enfin ne peuvent être utilisés qu’en proportions limitées (glumes de riz). Mais il existe également des produits de substitution très prometteurs, comme le compost de déchets verts, et le mélange de produits peut compenser en partie les défauts des différents substituts », concluent-ils.

Au Canada, des alternatives sont étudiées, comme les écailles de riz, sous-produit de la mouture du riz. Plus d’infos.

Selon Jardin Suisse (Association suisse des entreprises horticoles), il est difficile de se passer de tourbe, surtout en floriculture. De plus, il est important de limiter les distorsions de concurrence en cas de législations différentes entre pays. Jardin Suisse liste une douzaine d’alternatives, avec chacun leurs avantages et inconvénients. Plus d’infos.

Que dit le cahier des charges BioSuisse ? L’utilisation de tourbe pour enrichir les sols en matière organique est interdite. Pour les substrats de plantes aromatiques en pots, une teneur en tourbe maximale est définie, ainsi qu’un minimum de compost.

Les produits alternatifs à la tourbe doivent encore faire l’objet de recherches approfondies, mais présentent des potentialités intéressantes en agriculture et en horticulture.

expert

Avis de l’EGTOP :  Expert Group for Technical Advice on Organic Production

L’utilisation de la tourbe est conforme aux objectifs, critères et principes de l’agriculture biologique. Néanmoins, pour des raisons environnementales, son utilisation doit être limitée. Elle ne devrait pas dépasser 80 % en volume du support de croissance. Elle ne devrait pas être le seul constituant organique du substrat : le compost devrait également être utilisé. La teneur en tourbe des substrats de croissance devrait être progressivement réduite. Le développement des alternatives devrait être promu. L’autorisation de la tourbe en culture bio devrait être revue après 5 ans pour définir si des restrictions plus importantes sont nécessaires.

La tourbe ne devrait en aucun cas être utilisée comme améliorant des sols (à l’exception de la tourbe recyclée) car de nombreuses alternatives sont disponibles à cet effet.

 

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