Moins de 10 % de céréales wallonnes dans nos assiettes ! Et si on produisait davantage de céréales pour l’alimentation humaine ?

Manger local est à présent dans l’ère du temps. Produits laitiers, viande, légumes… Mais qu’en est-il de nos céréales ? Si nous pouvons acheter notre pain chez le boulanger du village, les farines utilisées sont-elles produites localement ? Et le grain ? Et pour nos fameuses bières, les nombreuses brasseries belges utilisent-elles du malt issu d’orge local ? La réponse : très peu !

Notre bière belge… pas si belge que ça !

Elle est blanche, blonde, ambrée, brune… Fruitée, trappiste, d’abbaye ou de saison… Mais est-elle vraiment locale, cette fameuse bière belge reconnue au patrimoine mondial de l’Unesco ? Si le secteur de la brasserie et celui de la malterie sont largement développés en Belgique et en Wallonie, il en est tout autrement de la production des matières premières, notamment l’orge brassicole. Moins d’un pourcent de l’orge de brasserie utilisée pour la fabrication de bière est belge (essentiellement wallonne), un déclin drastique en à peine une quinzaine d’années. Cette tendance alarmante s’explique par le fait que l’orge de brasserie doit répondre à des normes de qualité très strictes (une fois sur quatre, la récolte est déclassée), que le rendement de cette culture est moindre que celui de l’orge fourrager (escourgeon) et que le prix donné pour l’orge de brasserie est à peine supérieur à celui donné pour l’escourgeon et ne compense pas la diminution de rendement. A ce train-là, il en est fini de cultiver de l’orge de brasserie en Wallonie ! Autre point faible de la filière : la concentration des malteries (elles ne sont plus que six) et leur privatisation par de grands groupes : il n’en reste que deux qui maltent à façon en Belgique. Et enfin, les malteries travaillent généralement avec de grands lots d’orge brassicole qui doivent être homogènes et elles fournissent des grands lots de malts, ce qui est peu adapté aux caractéristiques des producteurs (petites parcelles de culture) et des microbrasseries (demandant de petits lots de malts) qui sont par ailleurs nombreuses et en plein développement.

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Moins d’un pourcent de l’orge de brasserie utilisée pour la fabrication de bière est belge (essentiellement wallonne), un déclin drastique en à peine une quinzaine d’années.

Et le pain ?

Vous le choisissez au levain ou à la levure, blanc ou demi-gris, avec ou sans épeautre, croustillant ou moelleux… Mais le choisissez-vous wallon ? En effet, seulement 15 % du froment traité par le secteur de la meunerie est belge ou wallon. La difficulté semble être similaire à celle de l’orge de brasserie : des normes de qualité très exigeantes pour qualifier le froment de panifiable, et une faible valorisation de celui-ci. En réalité, le cultivateur ne saura même pas comment sera utilisé le grain qu’il fournira à son négociant, et une étude wallonne a montré que seulement 6 % du froment wallon est utilisé pour l’alimentation humaine. Par ailleurs, il est bon de savoir que 98 % de la mouture du froment est réalisée en Flandre dans des moulins dits industriels et seulement 2 % en Wallonie ou subsistent quelques moulins artisanaux travaillant notamment sur meule de pierre pour fournir une farine de qualité supérieure. Mais le savoir-faire de la meunerie et les moulins tendent à disparaitre !

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Seulement 6 % du froment wallon est utilisé pour l’alimentation humaine.

Comment développer des filières wallonnes, du grain au pain ou à la bière ?

Et si on revalorisait le prix donné pour les céréales destinées à l’alimentation humaine en Wallonie ? Des labels de qualité différenciée, mettant en avant des filières locales, peuvent-ils aider à une meilleure rémunération des cultures alimentaires ? Les normes de qualité pour l’orge de brasserie ou le froment panifiable, si difficiles à atteindre dans nos régions fraiches et humides, sont-elles incontournables ? Quelles possibilités de développement de micromalteries afin de répondre aux demandes des microbrasseries wallonnes et permettre aux fermiers de valoriser de plus petits lots d’orge brassicole ? Quelles possibilités de renforcement de la meunerie artisanale wallonne ? Il est important de répondre à la demande de boulangers pour de la farine de qualité, notamment issue de variétés de blés rustiques et d’une mouture artisanale. Ici aussi, des outils travaillant à petite échelle sont nécessaires pour assurer le lien entre petit producteur et petits transformateurs artisanaux.

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Quelle part de farines wallonnes dans mon pain ?

Et le reste !

Une autonomie en céréales à 100 % n’est pas un but en soi : on ne cultivera vraisemblablement jamais de riz en Belgique et il n’est pas nécessaire de strictement faire une croix sur les produits importés. Mais d’autres possibilités existent et peuvent être développées : flocons d’avoine et de seigle, pâtes alimentaires à base d’épeautre, farines de céréales diverses… En effet, à côté du froment, il existe d’autres céréales intéressantes tant pour leurs propriétés nutritionnelles que pour leur facilité de culture, notamment leur rusticité : résistance aux maladies, potentialités de culture en sols pauvres… Oui, on peut aussi cultiver des céréales pour l’alimentation humaine dans des zones aussi inhospitalières que l’Ardenne ! D’ailleurs… on le faisait encore il y a moins d’un siècle !

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On en parle ?

Le projet « Echangeons sur notre agriculture » vous proposera cette réflexion dans le cadre de ses prochaines activités.

Le lundi 16 avril à Marche-en-Famenne, nous inviterons Mme Van Stappen, chercheuse du CRAW, à nous présenter les débouchés des céréales wallonnes et à discuter des possibilités de renforcer notre autonomie alimentaire.

Le mardi 17 avril à Louvain-la-Neuve, nous inviterons Mr Sinnaeve, chercheur au CRAW, à discuter avec nous de la qualité du froment pour la boulangerie et des possibilités d’utiliser des blés « hors-normes » pour la fabrication de pain. Mme Cara de la Boulangerie Legrand nous fera part de son expérience.

Le jeudi 19 avril à Ellezelles, nous inviterons Mme Louppe, chargée de projet à Socopro, à nous présenter la filière brassicole belge et wallonne et à discuter avec nous des possibilités de développement de filières 100 % locales.

Le lundi 23 avril à Tintigny, nous inviterons Mme Tielemans, chargée de projet au Parc Naturel Haute Sûre Forêt d’Anlier à nous présenter la marque « Epeautre d’Ardenne » et à discuter avec nous des possibilités de valorisation de céréales en qualité différenciée.

Le mardi 24 avril à Angleur, nous inviterons Mr Godin, chercheur au CRAW, à discuter avec nous de la qualité de l’orge de brasserie et des possibilités de développer des micromalteries en Wallonie pour le développement de filières brassicoles 100 % wallonnes.

Le jeudi 26 avril à Vielsalm, nous inviterons Mr Winandy, chargé de mission à Diversiferm, à nous présenter le secteur de la meunerie et discuterons avec lui des possibilités de développement des moulins et du métier de meunier en Wallonie.

Infos pratiques et inscriptions 

Par la suite, des visites d’initiatives auront lieu fin mai et début juin afin d’explorer le potentiel de développement de filières céréalières 100 % wallonnes. Infos à suivre…


Rencontres céréales avril 2018


 

 

One thought on “Moins de 10 % de céréales wallonnes dans nos assiettes ! Et si on produisait davantage de céréales pour l’alimentation humaine ?

  1. le potentiel des microbrasseries est à exploité à l’échelle locale, par une production adaptée d’orge et de malt local. Un secteur à revoir dans lequel nous sommes près à investir.
    Ing Joris Luc

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