André a choisi l’Aberdeen Angus

Introduction

Samedi 13 mai. Les participants se sont réunis à la salle du Foyer de Habay pour une introduction à la matinée. Après une présentation du projet « Echangeons sur notre agriculture », Sylvie La Spina a proposé le sujet de la rencontre : les races bovines. L’histoire de nos vaches, depuis les aurochs jusqu’à la multitude de races locales puis à la spécialisation vers la Holstein et la BBB a été présentée. Pour illustrer la période d’intensification de la production dans les années ’70, les participants ont été invités à visionner un documentaire, « Sauver le bœuf ».

Cliquer sur l’image pour visionner la vidéo.

Sauver boeuf 1970

Ce document montre l’euphorie du secteur agricole, au sortir des deux guerres, lorsque les connaissances scientifiques et le progrès technique ont permis de développer de réelles « usines à viande ». C’est aussi la période où l’insémination artificielle a été utilisée massivement pour améliorer les races, menant à une consanguinité importante. Ces dernières années, des efforts ont néanmoins été mis en place pour une sélection raisonnée des bovins (lire notamment notre article sur le duo Holstein – BBB). L’objectif des rencontres sur les races bovines est de questionner les races élevées actuellement, leur spécialisation, leur mode de sélection et vérifier leur adéquation avec les nouveaux défis de notre agriculture : rentabilité des fermes dans le contexte de libéralisation des marchés, attentes sociétales en termes de bien-être animal, d’environnement et de qualité de l’alimentation.

André Grevisse a ensuite pris la parole pour nous présenter sa ferme.


Elevage d’Angus du Domaine Biovallée

Historique de la ferme

Les grands parents d’André ont acheté la ferme en 1947. André a repris les activités dans les années 1990’. L’élevage était alors en Blanc Bleu Belge : 120 vêlages par an, 100 césariennes environ, 14 vaccins par veau… Le troupeau, suivi par des spécialistes, vétérinaires, nutritionnistes, accusait tout de même 25 % de pertes par an. André a rapidement compris qu’à ce rythme, il allait « droit dans le mur ». Du coté des cultures, André a eu le même déclic lorsqu’il s’est retrouvé envahi par la menthe sauvage et le liseron dans ses parcelles de maïs. Les techniciens de l’époque n’avaient pas de solution à lui proposer. « La nature se rebelle »…

Passage en bio et à l’Angus

André s’est rebellé, lui aussi. Ce mode de fonctionnement ne collait pas avec sa vision de la ferme. Pour André, chaque ferme est différente mais devrait répondre à 5 critères : économique pour les éleveurs (rentable), écologique (bio), économique pour les consommateurs (prix abordables), produire des aliments sains et présentant du goût (sans additifs).

Il a stoppé net les apports d’engrais chimiques et de pesticides et, conseillé par un agronome français, Michel Sencier, il est passé en bio et a « réappris son métier » : comment labourer, comment fertiliser, comment conduire ses prairies… Outre son travail sur les cultures, André s’est aussi mis à la recherche d’une nouvelle race bovine.

André est allé visiter des élevages de différentes races viandeuses. Une ferme du Grand-Duché du Luxembourg, qui élevait 450 bêtes de la race Angus, l’a fasciné. Quelle drôle de petite vache noire sans cornes ! Après un suivi d’un an de cette ferme, André était convaincu : c’était la race qu’il lui fallait. Il démarra son élevage, il y a vingt ans, et possède aujourd’hui 300 bêtes sur 150 hectares. André écoule toute sa viande en circuit court. Depuis quelques années, ses deux fils, Romain et Gilles, le rejoignent sur la ferme. L’avenir est assuré !

 

Pourquoi l’Angus ?

Originaire d’Ecosse, l’Angus a conquis tous les continents. En Nouvelle-Zélande, elle est particulièrement bien conformée. Aux Etats-Unis, elle est plus haute sur pattes. Lorsqu’André recherche un taureau, il le préfère long, épais, profond et court sur pattes. André préfère éviter les trop bonnes conformations, menant à des difficultés de vêlage. L’Angus existe en rouge et en noir. C’est la noire qu’André préfère pour son élevage. L’Angus rouge est prédominante dans les pays équatoriaux.

Ce qui a séduit André chez la race Angus, c’est la qualité de sa viande, son goût. De petit gabarit, l’Angus est cependant bien viandeuse. Elle possède une bonne capacité d’ingestion et un bon rapport de transformation de l’alimentation. Les femelles sont engraissées au pâturage. Pour les mâles, c’est plus compliqué mais André est convaincu que c’est possible si on sélectionne bien les lignées.

L’Angus brille aussi par sa gentillesse : André peut sans problème entrer dans le troupeau et boucler les veaux en présence de la mère, ce qui n’est pas facile avec d’autres races comme la Limousine ou la Blonde.

L’Angus est prolifique, elle a tendance à faire davantage de jumeaux. Elle est aussi rustique, vêle sans trop de souci (2-3 % de perte) tant que l’on veille à ne pas utiliser de taureau culard. La mère récupère très bien après vêlage. La race est très précoce : il faut être attentif à séparer suffisamment tôt les génisses des taurillons. André les fait reproduire à deux ans, et compte une année d’intervalle de vêlage. Le veau nait généralement en prairie et reste caché tant qu’il n’est pas encore capable de suivre sa mère. Il vaut mieux le boucler le premier jour pour éviter de devoir courir derrière !

Seuls point faible de la race : sa sensibilité aux yeux, sans doute liée à la présence de mouches et mouchettes. Ce problème rencontré au début de l’élevage s’est cependant atténué, sans doute grâce à l’adaptation des vaches.

L’Angus fait son chemin en Wallonie ! Un herd book est en train d’être créé.

Production de viande et commercialisation

Les taureaux sont tués entre 22 et 30 mois. Durant les derniers jours de finition, ils prennent jusque 2 kilos par jour. Pour les vaches, l’abattage a lieu lorsqu’elles pèsent 700 à 750 kilos. Des carcasses trop grandes posent des problèmes pour l’écoulement des grandes pièces de viandes qui sont évitées par les consommateurs.

Les animaux sont abattus à Bastogne ou à Virton, puis découpés chez un boucher à Han sur Lesse en attendant la mise sur pieds d’un hall relais, projet initié par André et un autre éleveur. Ce hall relais  permettra aux éleveurs de la région de découper leur viande en conservant la certification bio. Le rendement carcasse de l’Angus est excellent : 55 à 60 %, ou 75 % si l’on conserve les os pour certaines pièces de viande. 80 % des bêtes d’André sont classées U à l’abattage.

Les carcasses sont classées en fonction de leur état d’engraissement et de leur conformation. Sont classées « U » les carcasses à fort développement musculaire. Les profils des carcasses de classe « U » sont convexes dans l’ensemble. Le quartier arrière est épais, et son profil est convexe. Le dos est large et épais jusqu’aux épaules qui sont également épaisses et convexes. En savoir plus : https://www.lesviandesetoilees.com/concept/conformation-europ/

La viande est principalement vendue en colis de 10-12 kilos, pour 15,50 euros le kilo. Elle est aussi valorisée en saucisson pur (notamment pour la viande un peu trop dure), en charcuterie et en viande fumée. André développe également une filière surgelée (haché – burger). La vente revient à 1.700 euros par bête, et 100 bêtes environ ont été écoulées en 2016. Selon André, il y a encore de la place pour des producteurs d’Angus. Il serait intéressant de créer une filière mais en évitant les systèmes intégrés qui prédominent déjà sur les marchés. Les éleveurs doivent avoir la maitrise de leur filière et diversifier un maximum leur production pour répondre aux évolutions du marché de consommation.

En savoir plus sur la ferme : http://www.domainebiovallee.be/


 

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