Des pesticides dans nos assiettes ! – Partie 2 : Que révèlent les analyses ?

 

En résumé…

En Belgique, l’AFSCA effectue les contrôles concernant les résidus de pesticides dans les aliments. En 2012, deux tiers des produits végétaux contenaient des résidus de pesticides détectables. 5 % des échantillons analysés dépassaient les normes européennes (LMR). Des rapports sont également disponibles pour l’Europe (EFSA). Qu’en penser ?


Des pesticides dans nos assiettes ? Que révèlent les contrôles ?

En Belgique, c’est l’AFSCA (Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire) qui est en charge des contrôles des résidus de pesticides dans les aliments vendus en Belgique. L’AFSCA publie chaque année un rapport reprenant les statistiques et infractions constatées. Le plus récent concerne 2012.

Ce rapport nous indique que ce sont les produits d’origine végétale, notamment les fruits et légumes, qui sont les plus contaminés par des pesticides. En surveillance, sur 3005 échantillons analysés en 2012, 33,7 % ne présentaient pas de pesticides, 61,5 % en présentaient des teneurs inférieures aux normes et 4,8 % dépassaient les teneurs autorisées. De nombreux produits hors-normes sont d’origine étrangère, notamment la coriandre et la menthe issues du Maroc, les oignons de printemps et les piments d’Egypte, et les petits pois et haricots du Kenya. Pour les produits belges, sur 928 échantillons analysés, 1,5 % ne respectent pas les normes, principalement le céleri, les fraises, les laitues, les navets, le raifort, les herbes pour infusion, le céleri-rave, le brocoli et le basilic.

La non-conformité des produits est due à trois causes principales : l’utilisation de produits phytopharmaceutiques interdits, la rémanence de produits utilisés antérieurement dont certains sont interdits, et enfin, le non-respect des conditions d’utilisation de produits phytopharmaceutiques, notamment le dosage. Lorsque la non-conformité est observée, le produit est retiré du marché et une amende est envoyée au responsable (producteur ou importateur).

Le rapport de l’AFSCA précise qu’un dépassement des seuils autorisés est le signe d’une utilisation incorrecte de produits de protection des plantes mais qu’il n’implique pas nécessairement un risque pour la santé des consommateurs. Par contre, parmi les infractions relevées dans le rapport, il n’est pas fait état d’un éventuel danger des différents cas pour la santé humaine.

 

Plusieurs réflexions :

– Que représente cet échantillonnage par rapport aux flux d’aliments qui circulent quotidiennement en Belgique ?

– Les produits hors-normes non détectés par l’AFSCA et qui se retrouvent dans nos assiettes présentent-ils un risque pour la santé ?

– Comment sont déterminées les substances analysées ? Prend on en compte les adjuvants ?

–  Tenant compte des incohérences dans la détermination des limites maximales en résidus (voir article précédent) et sachant que seulement 34 % des produits végétaux sont exempts de pesticides, quels risques dans la consommation de produits végétaux dans nos assiettes ?

 

Pour l’Europe, l’EFSA (European Food Safety Authority) publie annuellement un rapport compilant les données fournies par les Etats-membres. Le dernier disponible concerne 2011. Ce rapport évalue que les cas de dépassement des normes en pesticides ne comptent pas de risques pour la santé « pour 99 % des 171 pesticides évalués ».  Il met en évidence la rémanence de deux pesticides dont l’usage est actuellement interdit.

Ce rapport de l’EFSA est vivement critiqué par le PAN Europe qui souligne, que lors de l’harmonisation en Europe des limites maximales de résidus, les normes se sont assouplies, menant à une sous-estimation de la toxicité des aliments en termes de pesticides. Lire leur communiqué de presse.

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Les pesticides au menu…  petite étude française.

Vous trouverez sur ce site internet une étude menée par l’association Générations Futures et le Réseau européen HEAL (Health and Environment Alliance). A partir d’un menu-type sur une journée, l’étude a visé l’analyse de diverses substances chimiques (résidus de pesticides, dioxines, éléments traces…).

Pour les pesticides, l’étude a mis en évidence 44 résidus issus de 36 substances différentes avec 18 cancérigènes possibles ou probables et 12 perturbateurs endocriniens suspectés. 2 substances sur les 36 viennent de l’analyse d’eau.

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L’avis de Bruno Schiffers, Responsable depuis 2004 du Laboratoire de Phytopharmacie au sein de l’Unité « Analyse Qualité Risque » de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège), lors de son interview réalisée par Nature & Progrès en 2013.

Les résidus de pesticides dans l’alimentation ont-ils de quoi inquiéter le consommateur ?

« Cet aspect des choses est plus complexe que celui des risques pour les utilisateurs. A l’heure actuelle, on dispose de très peu d’études définitives démontrant que la présence récurrente des pesticides dans l’alimentation entraîne l’apparition de certains cancers. Il est très difficile d’établir, sans aucun doute possible, un lien de causalité entre l’agent et l’effet. Globalement, on peut être a priori rassuré sur les produits alimentaires européens : il existe une norme pour les résidus, dite LMR – limite maximale applicable aux résidus -, qui est respectée à 97 % chez nous, en Belgique. Dès qu’un échantillon dépasse la norme, les mesures sont prises pour limiter les risques pour le consommateur, par un retrait des étals par exemple. Les résultats sont, hélas, moins bons pour certains produits importés – 10 à 12 % de dépassements des LMR dans les contrôles -, alors qu’ils doivent respecter les mêmes normes que les produits belges. Soulignons au passage que l’harmonisation de ces normes est due au travail positif – sur ce terrain-là… – de la Haute autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA) qui, après les crises de la dioxine, de la vache folle, etc., a considérablement amélioré les choses. Autre évolution encourageante : les approches toxicologiques ne reposent plus exclusivement, aujourd’hui, sur la notion de Dose journalière admissible (DJA), pratiquée depuis des décennies et critiquée à juste titre. Ce qui m’inquiète en revanche, ce sont les effets « cocktails » de polluants très divers et, parfois, à des doses infiniment petites. L’effet des dioxines sur les mammifères, par exemple, est aujourd’hui démontré à l’échelon du picogramme, soit 10-12. Cela signifie qu’une seule molécule peut parfois avoir un effet délétère sur l’organisme. Or notre alimentation ne contient pas seulement des résidus de pesticides, mais aussi des additifs chimiques – arômes, colorants, émulsifiants, enzymes… – et des traces de polluants, PCB et dioxines notamment. Isolés, certains sont peut-être sans effet vraiment préjudiciable à la santé ou, du moins, sans effet observable. Mais, mis en présence d’autres résidus même à l’état de traces, c’est-à-dire une quantité infinitésimale, ils peuvent éventuellement jouer un rôle de potentialisation. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir un effet cumulable, simplement additif, entre deux substances, celles-ci démultiplieraient leurs effets délétères. Si bien que le vieux principe « c’est la dose qui fait le poison » est à remettre en cause ».


 

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